Il règne comme une drôle d’ambiance à Moutier. Le 28 mars, la ville revotera sur son appartenance cantonale, après l’annulation par la justice du scrutin du 18 juin 2017. Mais contrairement à la campagne d’il y a quatre ans, c’est le calme qui règne dans la cité prévôtoise. Pas d’apéros de quartier organisés par l’un des deux camps, aucun cortège de militants floqués du drapeau jurassien ou au contraire de l’ours bernois. La faute aux restrictions liées à la crise sanitaire.

«Il est certain que ce n’est pas un contexte propice à une telle votation», reconnaît Mylène Jolidon, porte-parole de Moutier ville jurassienne. L’association autonomiste avait espéré pouvoir organiser quelques événements dès le mois de février, mais leurs espoirs ont rapidement été éteints. «Nous avons renoncé à tout rassemblement, y compris les stands, poursuit-elle. Nous avons néanmoins conservé le démarchage à domicile, en maintenant les distances et avec masque, c’est le seul moyen de prendre le pouls de la population.»

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«Les convictions sont faites»

Du côté des pro-Bernois, l’ensemble des actions ont été annulées. «Il n’est pas question pour nous de prendre le moindre risque, même en adoptant toutes les mesures de sécurité», assure Morena Pozner, l’un des fers de lance du mouvement antiséparatiste Moutier Plus. Malgré cette absence de campagne, elle se déclare «confiante et sereine»: «Dans les deux camps, les convictions sont faites. Il y a une tranche d’indécis, mais ils ont tous les moyens à disposition pour s’informer et se faire leur opinion: articles, courriers de lecteurs, réseaux sociaux…»

Demeure la question de savoir si la pandémie pourrait influencer l’issue du scrutin. Morena Pozner en est convaincue, vu la crise sanitaire et économique, ce n’est pas le moment de rajouter une composante inconnue avec un changement d’appartenance cantonale. «La population a d’autres soucis plus importants qu’un déplacement de frontière», appuie la socialiste, qui espère un «non» dans les urnes, afin de «pouvoir enfin tourner la page d’une guéguerre d’un autre temps».

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Du côté des pro-Jurassiens, on est conscient qu’il faut rassurer les craintes de certains citoyens, mais on estime que le fait que les Prévôtois se soient davantage sentis en phase avec l’appréciation «romande» de la pandémie pourrait jouer en leur faveur. Mylène Jolidon redoute néanmoins une prolongation des mesures de semi-confinement qui les priveraient de toute possibilité de se rassembler pour fêter une éventuelle victoire dans les urnes.

Pas de report envisagé

Malgré les difficultés, un report de la votation n’est pas prévu, comme le confirme Pierre Alain Schnegg, président du gouvernement du canton de Berne, chargé des Affaires jurassiennes, qui estime qu’il «faut aller de l’avant»: «Il ne s’agit pas d’une votation, mais de la répétition d’une votation. La campagne a déjà été faite. Les arguments des deux camps sont connus de longue date.» L’élu UDC, chargé de la Santé, précise néanmoins que l’évolution de la pandémie est observée de près et que la situation pourrait être réévaluée en cas de détérioration importante.