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Jean-Luc Moner-Banet, Directeur général de la Loterie Romande, lors d'une conférence de presse en 2016.
© LAURENT GILLIERON / Keystone

campagne

Votation: trois millions pour gagner sur les jeux d'argent

La loi sur les jeux d'argent aiguise les intérêts des casinos et loteries, qui investissent de larges sommes pour convaincre de sa nécessité. Les référendaires disposent également d'un solide budget

Aux grands maux, les grands remèdes. C’est apparemment sous cet angle que les loteries et casinos suisses s’engagent en faveur de la nouvelle loi sur les jeux d’argent (LJAr), en votation populaire le 10 juin. La preuve: 3 millions de francs ont été mis de côté comme budget de campagne. Une enveloppe fort respectable, qui démontre la détermination des loteries, maisons de jeu et autres paris sportifs.

C’est que l’enjeu est de taille. Le texte soumis au peuple entend notamment légaliser les jeux en ligne, mais en n’acceptant que les sites basés en Suisse. Au besoin, les prestataires étrangers se verraient bloqués. Ce qui est susceptible d’avantager les entreprises de jeu suisses et indigne les opposants. Ceux-ci dénoncent une censure d’internet, ainsi qu’une insuffisance des moyens dévolus à la prévention.

A propos du projet du Conseil fédéral: Casinos en ligne: le fisc perd, l'AVS gagne

Front commun des acteurs du jeu suisses

Derrière la coquette somme de 3 millions de francs, on retrouve les 21 casinos de Suisse, la Loterie Romande, Swisslos (loterie alémanique et tessinoise) ainsi que le Sport-Toto. Ce qui soulève des questions, puisque les loteries sont tenues légalement de reverser leurs gains en faveur des collectivités publiques. Directeur général de la Loterie romande, Jean-Luc Moner-Banet s’applique à mettre d’entrée les choses au point. «La part des loteries LoRo, Swisslos, Sport-Toto provient de réserves de produits immobiliers du Sport-Toto.»  

De toute évidence, le procédé est légal. Chef de la division Surveillance et homologations pour la Suisse romande à la Commission des loteries et paris intercantonale (Comlot), Pascal Philipona indique qu’en l’état, «nous n’avons pas constaté d’éléments indiquant une possible violation du droit actuel». Selon lui, «il est dans l’ordre des choses que les sociétés de loterie soient actives dans le cadre de la campagne dans la mesure où le résultat du référendum a trait à leur capacité d’assurer, à l’avenir également, des revenus pour l’utilité publique». Pourtant, n’est-ce pas le statu quo qui prévaudrait en cas de refus? «Dans une situation en constante évolution et très concurrentielle, le statu quo revient selon toute vraisemblance, non pas à préserver mais à péjorer la situation des sociétés de loterie», objecte Pascal Philipona. 

Lire aussi: Le référendum sur les jeux d’argent en quatre questions

Le bien public prioritaire

De son côté, le patron de la Loterie Romande tient à rassurer: l’engagement dans la campagne de votation «n’affectera pas la redistribution à l’utilité publique, qui touchera autant d’argent que d’habitude». Les entreprises de jeu helvétiques espèrent d’ailleurs ne pas débourser la totalité du montant. «Notre budget de campagne est dynamique, il évoluera selon l’intensité des débats, nous avons cependant fixé un plafond à 3 millions de francs. L’objectif est de dépenser le moins possible.» 

Le montant engagé dépendra de la tournure prise par la campagne, et du danger que représentera le camp adverse. Les partisans de la LJAr ont même ouvert une chaîne YouTube. «Il ne faut pas sous-estimer nos adversaires», avance Jean-Luc Moner-Banet.

«Une forme de protectionnisme»

Le budget du camp d’en face, le comité référendaire «contre la censure et le verrouillage d’internet» est moindre. Mais pas non plus anecdotique: «Nous partons du principe que nous aurons un budget d’environ 1 million», déclare Thomas Juch, responsable romand du comité formé par les Jeunesses PLR, vert’libérales et UDC. Si des sociétés étrangères de jeu d’argent en ligne comme Bwin ou PokerStars ont bien donné «près d’un demi-million de francs» pour la récolte de signatures – ce que le comité n’a pas cherché à cacher –, ils ne financent plus la campagne actuelle, déclare la secrétaire générale des Jeunes PLR, Maja Freiermuth: «Nous sommes repartis de zéro. L’argent récolté actuellement provient uniquement d’associations et d’entreprises suisses.» Contactées, aucune des maisons de jeu en ligne étrangères n’a donné suite à nos e-mails.  

Autre comité à soutenir le référendum, «Non à la loi sur les jeux d’argent» est piloté par les Jeunesses vertes et socialistes et le Parti pirate. Coprésident des Jeunes Verts suisses, Luzian Franzini tire cependant une ligne claire entre son comité et celui de Thomas Juch. «Nous désirons aussi qu’internet reste libre, toutefois nous ne nous sommes financés que par crowdfunding et par nos associations partenaires.» Avec des prévisions budgétaires bien moins importantes: environ 20 000 francs.

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