Elle n'a pas caché son soulagement. «C'est méga cool!» La cheffe de l'Instruction publique zurichoise, la socialiste Regine Aeppli, a tenu une partie de son discours en français dimanche. Rayonnante dans la salle de conférences du gouvernement, elle s'est réjouie de «ce signe fort pour la Romandie, qui montre que Zurich se soucie de la cohésion nationale et que nous ne voulons pas communiquer en anglais entre nous».

Son canton a rejeté nettement -58,5% de non pour une participation de 47% - l'initiative voulant qu'une seule langue étrangère soit enseignée en primaire. Le français aura donc toujours voix au chapitre dès la 5e primaire. Il suivra l'anglais introduit en 2e depuis l'an dernier.

Très attendu par tout le pays, ce résultat enlève un poids de taille des épaules de la Conférence des directeurs de l'instruction publique (CDIP). Regine Aeppli: «Cela montre que les cantons peuvent s'entendre. Que la Confédération peut avoir confiance dans leur volonté d'harmonisation.»

Clivages

A Zurich, la bataille s'est intensifiée durant ces dernières semaines. L'initiative avait le soutien de l'UDC, d'une partie des Verts et de nombreux enseignants. Du côté des opposants, les radicaux et le PS s'étaient officiellement engagés. La question du sauvetage de la langue nationale a résonné mais plutôt discrètement.

Les opposants à l'initiative ont surtout répondu aux arguments-phares des initiants: la surcharge des élèves, le problème de l'allemand langue étrangère et le grief réservé aux autres branches, notamment scientifiques ou manuelles.

Selon Regine Aeppli, le souci de la surcharge n'a pas été entendu. «Les quartiers de Zurich avec une population étrangère élevée ont nettement rejeté l'initiative.»

Loin du sourire de la conseillère d'Etat, les initiants reconnaissent la dureté du verdict. Leur chef de file, l'ancien enseignant Rolf Saurenmann, doit s'avouer vaincu au terme d'une longue bataille (lire ci-dessous): «L'argument de la place des langues dans l'univers professionnel d'aujourd'hui a convaincu les parents.»

Un clivage ville-campagne s'est manifesté: l'initiative a reçu le plus grand soutien dans les communes éloignées des rives du lac avec des résultats atteignant 63-64%. Toujours est-il que, pour les opposants au modèle de la CDIP, la douche est froide. Le non zurichois vient confirmer celui déjà prononcé en début d'année par les citoyens de Schaffhouse, Zoug et Thurgovie.

Et Zurich, au-delà de son statut de centre démographique et économique, représente un cas particulier. C'est ici que l'ancien conseiller d'Etat Ernst Buchor a réveillé les passions avec sa décision, en 2000, de reléguer le français aux oubliettes pour proposer d'abord l'anglais aux jeunes. La colère avait alors été vive de l'autre côté de la Sarine. En 2004, la CDIP a calmé les esprits -temporairement- avec le modèle 3/5 recommandant l'enseignement de deux langues étrangères en primaire, dont l'une nationale, mais sans préciser l'ordre. Depuis, près de 14 cantons ont suivi la voie zurichoise - et choisi de commencer avec l'anglais.

Débat ouvert

«Cette option, et les investissements qu'elle a nécessités, ne peut pas être remise en cause», assure Regine Aeppli. N'empêche que le débat sur l'ordre des langues à l'école est loin d'être clos. En effet, en décembre déjà, le Conseil national débattra de la loi sur les langues. Une majorité de la Commission de la science, de l'éducation et de la culture a adopté un article qui dit que «Confédération et cantons s'engagent pour favoriser l'enseignement d'une langue nationale comme première langue étrangère».

Heureuse de l'issue de la votation zurichoise, la socialiste vaudoise Géraldine Savary, vice-présidente de la commission, voit toujours une raison d'être à cet article. Déjà parce qu'il est essentiel, estime-t-elle, d'avoir un débat national sur les langues. «C'est aussi là le devoir du parlement que de défendre un enjeu identitaire et de faire en sorte que les langues nationales soient privilégiées.» A Zurich, Regine Aeppli ne l'entend pas de la même oreille. Il faut à ses yeux respecter l'autonomie des cantons. «L'ordre des langues n'est pas si important tant que l'enfant dispose des deux options.»