Les Européens ont renouvelé leur Parlement, au tour des Suisses. Après le triomphe dimanche des souverainistes et des nationalistes en Italie, en France, en Grande-Bretagne et en Hongrie et la poussée des écologistes, l’UDC et les Verts helvétiques retiennent leur souffle. Les résultats de dimanche augurent-ils de résultats similaires en Suisse? Si les défenseurs de la nature semblent bien partis pour suivre la même voie, l’avenir de la droite helvétique pourrait être moins riant. L’UDC n’a toutefois pas dit son dernier mot.

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«L’écologie fait de l’ombre aux questions migratoires»

Réunis ce lundi pour tirer le bilan de la dernière législature, les Verts suisses veulent croire que la vague écologiste portera jusqu’aux Alpes: «Les Verts gagneront cet automne», jure le conseiller national zurichois Balthasar Glättli, chef de groupe au parlement. La conseillère nationale Adèle Thorens Goumaz abonde dans son sens: «Les Européens ont pris conscience du défi du siècle», dit la Vaudoise, qui espère bien voir les Suisses suivre l’exemple: «Penser que l’enjeu climatique pourrait ne pas demeurer d’actualité jusqu’en fin d’année, c’est gravement sous-estimer l’importance de l’enjeu. Les manifestations pour le climat ne perdureront peut-être pas éternellement mais l’engagement restera. Les jeunes se mettent à voter et ils votent Verts. Cette prise de conscience ne changera pas.»

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Le politologue genevois Pascal Sciarini corrobore son propos: «Les élections européennes confirment la poussée des Verts liée aux manifestations sur le climat, dit le professeur à l’Université de Genève. Cela va dans le sens de ce qui s’est passé à Zurich, Lucerne et Bâle. Si la thématique environnementale se maintient, tout pousse à croire que les Verts et les Vert’libéraux en seront les principaux bénéficiaires lors des élections fédérales.» Aux dépens de la droite? «Il y a un certain décalage temporel. La Suisse a déjà connu la poussée populiste actuelle, avec la montée de l’UDC depuis le début des années 1990. Nous avons été moins affectés que les pays européens par l’afflux de réfugiés de 2015 et, aujourd’hui, l’écologie fait de l’ombre aux questions migratoires. Avec pour conséquence un repli de l’UDC.»

Perte verte au pays de Greta Thunberg

Cette analyse n’est évidemment pas partagée par Céline Amaudruz, la vice-présidente du parti de droite. Concernant la possible érosion de l’UDC sous la Coupole en 2019, «je n’ai pas de boule de cristal pour prédire l’avenir», dit la Genevoise: «Quant aux élections européennes, je constate que les partis europhobes progressent. Mais la Suisse ne fait pas partie de l’UE et il n’y a pas lieu de tirer des parallèles ou de faire des commentaires entre ce qu’il s’y passe et notre situation. Ce sont deux choses incomparables.» Les deux systèmes sont de fait très différents, confirme René Schwok, directeur du Global Studies Institute (GE) et spécialiste de la question européenne.

«Il ne faut pas trop se précipiter en concluant que ce qui s’est passé dans les pays germaniques arrivera aussi en Suisse, met en garde le professeur. En Autriche, les Verts ont par exemple perdu des sièges, en Suède également.» Le parti écologiste du pays de Greta Thunberg égare en effet la moitié de ses représentants au Parlement européen (deux sur quatre). «Les sondages indiquent en outre un tassement de l’UDC, dit René Schwok, pas un effondrement. Si une crise devait survenir entre la Suisse et l’Union européenne d’ici aux élections fédérales, elle pourrait profiter à l’UDC.» Le nouveau législatif européen ne devrait par ailleurs pas aider les deux parties à se mettre d’accord. «Il n’y a pas de nouvelles formations, les grands groupes au Parlement sont les mêmes et la politique vis-à-vis de notre pays est avant tout faite par la Commission européenne et les Etats membres, dit René Schwok. Je ne vois pas comment les nouveaux députés changeront quoi que ce soit à la situation actuelle.»

Les cartes restent donc les mêmes: la sempiternelle question d’un accord institutionnel entre Berne et Bruxelles n’est toujours pas résolue, la Commission européenne campe sur ses positions et la Suisse continue de mettre la patience de Bruxelles à rude épreuve en demandant de nouvelles concessions. Ce dimanche encore, Guy Parmelin appelait à la renégociation de l’accord avec l’UE. Pas sûr que le ministre UDC convainque à Bruxelles. Mais si la Commission européenne devait sanctionner durement la Suisse, son parti pourrait en profiter en octobre.