«Je ne suis pas venu me mêler de vos affaires, je respecte trop la souveraineté valaisanne, l'indépendance des régions, je suis un fédéraliste, un vrai!» Si la première phrase qu'a prononcée Christoph Blocher au centre La Poste hier soir à Viège a fait rire toute la salle, (à peine 200 personnes), c'est que sa voix, proche du hurlement, était à peu près dix fois plus puissante que celles des deux orateurs qui l'avaient précédé, le candidat au Conseil d'Etat Michel Carron, et le président du comité de fondation de l'UDC haut-valaisanne Markus Hauser.

D'ailleurs, comme d'ordinaire avec Blocher, la salle n'a pas cessé de rire: le tribun a fait son numéro, fustigé la politique financière de la Confédération, sans cesse comparée dans son inconséquence à celle de l'entreprise EMS, modèle absolu de gestion. «On me reproche d'être un passéiste, mais celui qui ne connaît pas les valeurs du passé n'a aucun avenir. Je suis un entrepreneur moderne et innovateur mais qui travaille sur des principes du passé, comme le sérieux et l'effort.» Pour le reste, comme toujours, Blocher le millionnaire a parlé surtout argent et comment l'Europe allait nous dépouiller. Tout juste la guerre au Kosovo lui a-t-elle fourni une variation sur cet autre thème connu: la neutralité. «L'intervention militaire de l'OTAN? Une belle stupidité! C'est la guerre considérée comme un jeu d'ordinateur, où l'on ne veut surtout pas risquer la vie d'un seul soldat. Alors que dans une neutralité armée comme la nôtre, la guerre n'est que l'ultime moyen, toujours défensif et dans laquelle chaque soldat est prêt à mourir.»

Tétanisée, la salle en oubliait presque pourquoi Blocher était venu: porter sur les fonts baptismaux la section UDC du Haut-Valais. Un projet qui a connu ces dernières années divers soubresauts. L'an dernier notamment des petites annonces dans le Walliser Bote avaient tenté de recruter en vain des membres. Et au début du mois, annonce avait été faite par un groupe de six personnes inconnues en politique que la section était enfin sous toit. Sous la présidence de Markus Hauser, 31 ans, directeur d'une société de surveillance, Procontas, – qui assurait le service d'ordre hier soir – le groupe a clairement indiqué qu'il revendiquait une affiliation à l'aile zurichoise de l'UDC. Contrairement à la tentative parallèle menée par Michel Carron de créer une section bas-valaisanne alignée sur l'aile bernoise. Ce qui n'a pas empêché les nouveaux blochériens d'annoncer leur soutien au trublion de Fully lors de l'élection complémentaire au Conseil d'Etat le 9 mai prochain.

Michel Carron qui parlait avant Blocher a dressé, dans un allemand plutôt laborieux, le catalogue de «tous les péchés commis par l'arrogant totalitarisme du PDC. Nous avons besoin dans ce canton d'une nouvelle alternative bourgeoise». La salle n'a pas bronché mais grondé un peu en revanche lorsque Michel Carron a évoqué la nécessité de se «poser la question de la date d'entrée dans l'Europe». Des «Niemals!» ont fusé. Plus tard Blocher, mettant son public en garde contre les calamités infinies qui s'abattraient sur la Suisse en cas d'adhésion, a ironisé: «Mais vous dans le Haut-Valais, vous le savez. On paraît être moins au courant dans le Valais francophone.»

Programme «blochérien»

Parmi les propositions concrètes présentées hier soir par Markus Hauser, on trouve l'augmentation de 5 à 7 du nombre de conseillers d'Etat, l'élection des juges cantonaux par le peuple, ainsi qu'une dépolitisation de la Banque Cantonale du Valais, notamment en ce qui concerne l'octroi de crédits. Pour le reste, le programme de la future UDC haut-valaisanne s'inscrit dans le droit fil de la rengaine blochérienne: lutte contre la criminalité, sécurité, ordre, indépendance du pays, etc.

Dans trois jours enfin, le comité central de l'UDC suisse se prononcera sur l'opportunité ou non d'une implantation en Valais. Blocher lui a déjà donné son accord, mais sous condition: «Vous voulez fonder une section UDC en Valais? Faites-le, mais sachez pourquoi: si c'est pour le plaisir de vous pavaner en période électorale, ça ne vaut pas la peine. Fonder un parti, cela veut dire s'engager à faire une politique pour les gens, sur des sujets qui les concernent vraiment, des choses aussi simples que le niveau des salaires ou celui des primes d'assurances maladie.» L'argent toujours l'argent.