Après l’acceptation de l’initiative contre les minarets, le gouvernement fribourgeois est le premier à lancer un message à la population. S’adressant en particulier aux habitants de confession musulmane, «qui pourraient se sentir insécurisés par le résultat du vote», le Conseil d’Etat souligne toute l’importance qu’il accorde à l’intégration des migrants.

Le Temps: Vous rappelez aujourd’hui votre attachement à l’intégration des migrants. Une démarche aiguillonnée par la mauvaise conscience?

Claude Lässer: Après un résultat malheureux, on peut toujours se lamenter, mais notre objectif est précisément inverse: il faut en prendre acte et aller de l’avant. Il semble acquis que ce résultat est dû, pour une part du moins, à des craintes de la part de nos concitoyens. La question qui se pose est dès lors: que faire pour diminuer ces craintes? La réponse se trouve pour nous dans l’encouragement du processus d’intégration.

– N’aurait-il pas été opportun de mener cette action plus tôt?

– Plusieurs actions ont déjà été menées. Le canton de Fribourg dispose d’un délégué à l’Intégration depuis 2005. Ce poste a été renforcé d’un centre de compétences au début de 2009. Plus que sur les grands concepts, le canton met l’accent sur le travail de terrain: sur les 168 communes fribourgeoises, la moitié dispose déjà d’une personne de contact en charge des questions d’intégration. C’est dans ce sens que le canton souhaite poursuivre.

– Des projets concrets vont-ils être mis en route, ou s’agissait-il surtout de faire passer un message?

– Nous souhaitons effectivement, par ce communiqué, adresser un message fort, éviter des craintes et des incompréhensions. Les modalités de l’action à venir ne sont pas encore connues dans le détail, mais plusieurs possibilités existent. Par exemple, la journée portes ouvertes des mosquées et des lieux de rencontre du 2 novembre dernier a été un succès. Elle a manifesté un réel potentiel pour mieux se connaître. Les initiatives de ce type doivent être répétées et soutenues. La commune de Marly, qui a obtenu en 2009 le Prix de l’intégration (et qui a voté dimanche contre l’initiative, ndlr), offre également des pistes intéressantes. Habitant Marly, je connais bien le travail effectué. Son principe, qui est d’impliquer au maximum les gens des quartiers dans les activités communautaires, me semble excellent. Il y a vingt ans, la commune connaissait des problèmes d’incivilités, qui ont été largement résolus depuis. La localité dispose aujourd’hui d’une quarantaine de bénévoles, formés, qui fonctionnent comme courroies de transmission. Lorsqu’un problème se pose, il n’est pas toujours facile d’aller en parler aux autorités. Par ces citoyens engagés dans les quartiers et les communautés, Marly a réussi à recréer en partie l’atmosphère de solidarité qui était celle des villages d’autrefois.

– Que pensez-vous de la motion d’Erika Schnyder, députée socialiste et syndique de Villars-sur-Glâne, qui demande l’interdiction du port du voile à l’école primaire?

– Dans les établissements scolaires du canton, l’approche pragmatique a jusqu’ici bien fonctionné. Mais la motion de Mme Schnyder doit encore être traitée par le Conseil d’Etat et je ne veux pas préjuger de cette question.