Vêtus de shorts de cyclistes, de polos, de casques légèrement profilés et de tout l'équipement habituel, des gendarmes d'un nouveau type «roulent les mécaniques» le long des quais. Ils sont les premiers en Suisse à adopter cette nouvelle mode vestimentaire made in US. Avec leur city-bike, ils sont quatre sur la rive droite et quatre sur la rive gauche à veiller à ce que les Fêtes de Genève se déroulent dans les meilleures conditions. Vendredi, la soirée s'est avérée très tranquille. A se demander si l'aspect décontracté de ces vététistes au képi remodelé n'a pas contribué à calmer les esprits.

Samedi, par contre, la tâche a été beaucoup plus ardue. Selon Philippe Courtet et Philippe Fenolland, deux policiers vététistes rodés et volontaires (il n'existe pas de brigade de cyclistes à proprement parler), «les gens sont tous venus au dernier moment. Certains se sont garés vraiment n'importe où.» A l'issue des feux d'artifice, la marée humaine a déferlé dans les rues de Genève. «C'était un véritable capharnaüm», confesse un badaud. «A la vue d'un tel spectacle, nous nous sommes vraiment concentrés sur les problèmes essentiels», précisent les deux gendarmes. Le reste du temps, il leur incombe tout un éventail d'activités pour venir en aide à la population.

Arrêt sur image: une urgence devant les Bains des Pâquis. Un homme d'une cinquantaine d'années montrerait des revues pornographiques à des enfants. En deux changements de braquets et quelques mouvements de pédalier, deux gendarmes arrivent sur place pour enquêter. Le suspect a, selon un forain, déjà quitté les lieux. Il sera arrêté en début de soirée.

Entre-temps, l'évacuation des voitures bat son plein. Depuis le début des Fêtes, quelque 300 véhicules avaient déjà été transportés à la fourrière décentralisée près de la poste du Mont-Blanc. Mais vendredi et samedi soir, les dépanneuses n'ont pas arrêté leurs va-et-vient afin de libérer les accès indispensables à la sécurité. Plus tard, les «gendarmes de la petite reine» sont appelés à répondre aux questions les plus diverses. Il est vrai que leur look de «sportifs affûtés» les rend d'emblée sympathiques. Que ce soient de jeunes babas ou des personnes plus âgées, le dialogue avec les policiers est amical. Fascinés, plusieurs visiteurs n'hésitent pas à photographier leurs enfants avec ces gendarmes «à l'américaine».

C'est à l'occasion des Fêtes de Genève, en 1998, que les gendarmes à vélo ont eu droit pour la première fois à cette tenue branchée. Ilotier au poste des Pâquis, Philippe Rossel se rappelle: «Au début, les gens croyaient qu'on était des Canadiens qui faisaient une démonstration pour les Fêtes.»

En 1991, plusieurs vélos étaient déjà à disposition, dans certains postes de police. Mais les amateurs de bicyclettes devaient alors rester dans leurs uniformes peu commodes. C'est pourquoi Philippe Rossel et ses collègues, s'inspirant d'articles sur les polices nord-américaines, ont demandé d'introduire vélos et tenues légères. Leurs supérieurs ont voulu faire œuvre de pionniers et ont décidé de faire le pas. Créer une police de proximité en VTT et abattre ainsi les barrières psychologiques qui pourraient encore se dresser face à la population. Et il faut reconnaître que cela marche. Philippe Rossel peut témoigner, lui qui travaille aux Pâquis depuis près de quinze ans. «Avec le temps, le nombre de policiers par habitant a diminué. La technologie s'est diffusée. Résultat: on avait de moins en moins de contact avec la population. L'introduction de l'îlotage en 1994 a comblé en partie cette lacune.»

Efficacité accrue

Aujourd'hui, l'îlotage voit son efficacité augmenter grâce à l'introduction de VTT. Pour Philippe Rossel, il est clair que se déplacer en vélo comporte de multiples avantages. C'est un moyen de déplacement très rapide en ville. De plus, il facilite les contacts. «C'est moins intimidant de parler à un policier en vélo qu'à un policier en moto ou en voiture», avoue un passant. Le visage de la police subit en tout cas un sérieux lifting. Dans la rue, les références à la série américaine Pacific Blue, où l'on voit ce type de policier à vélo jouer les héros, abondent. Les remarques adressées aux hommes en bleu ont d'ailleurs souvent trait à des caractéristiques physiques. «Ils ont de beaux mollets», avoue une jeune femme. «Ils sont sexy», renchérit une autre.

En outre, l'effort que fournit la police genevoise ne s'arrête pas là. Afin de pouvoir gérer au mieux les situations auxquelles ils sont confrontés tout au long de l'année, les policiers participent à des groupes de travail avec des assistants sociaux. «Nous suivons même des cours de médiation», ajoute Philippe Rossel.

Quant aux Fêtes de Genève, le bilan en est tout à fait positif, malgré une météo parfois capricieuse. Selon leur président, Frédéric Hohl, 1,3 million de visiteurs ont foulé les pavés de la ville du bout du lac. «J'ai été très surpris du succès rencontré par la Swiss Parade. Cela montre que les Genevois nous font confiance.» Frédéric Hohl va rempiler, mais pour une seule année encore. «Je crois qu'il est important de changer la direction des fêtes tous les cinq ans si l'on veut rester toujours aussi créatif et enthousiaste.»