Le citoyen qui goûte les subtilités de la politique fédérale veut-il acheter à la Bourse des actions du Parti socialiste ou de l'Union démocratique du centre? Ou spéculer sur les résultats des élections fédérales du mois d'octobre prochain? C'est possible sur un site Internet germanophone monté conjointement par la Basler Zeitung, Bilanz et la Weltwoche: http://www.wahlstreet.ch. Tout se passe comme dans une Bourse réelle. Les règles du jeu sont les mêmes à la différence près que l'on remplace les entreprises par les principaux partis politiques suisses. Les joueurs-négociants, en achetant ou vendant des actions, influencent les cours, censés représenter les intentions de vote. L'UDC se distingue notamment car ses actions pointent ces jours à plus de 20%. Le 24 octobre à midi, la Bourse clora ses portes en même temps que les locaux de vote. Le résultat réel sorti des urnes fixera alors définitivement la valeur des actions des partis. Les meilleurs spéculateurs empocheront un bénéfice alors que les plus mauvais y laisseront quelques plumes.

Il y a peu de chance, pourtant, que quiconque se ruine à ce petit jeu. La mise de départ est unique et se monte à 30 francs. Elle est automatiquement convertie en 3000 Wahldollars (W$). Avec ce capital confortable, le joueur peut se constituer un portefeuille d'actions de son choix. A lui ensuite de revendre et de racheter ce qu'il veut en fonction de l'humeur de la Bourse, et cela jusqu'à la date fatidique. Exemple: si le spéculateur a acheté, le 13 juillet 1999, 100 actions de l'UDC titrées à 21,10 W$ et que le résultat final du parti n'atteint que 17%, il perdra 4,10 W$ par action, soit 4,10 francs au total.

Le PS en tête

Pour l'instant, la Bourse Wahl$treet est extrêmement calme. Les 473 participants ne semblent pas prendre de risques, bien que les cours actuels ne correspondent pas exactement aux derniers sondages parus dans la presse (lire Le Temps du 25 juin). Le Parti socialiste est en tête (22,5 W$), suivi de l'UDC (20,5 W$), des radicaux (18,9 W$) et du Parti démocrate-chrétien (15,5 W$). Viennent ensuite les Verts à 5,1 W$ et les autres petits partis, tous au-dessous de 3 W$.

Les seuls soubresauts remarquables concernent l'UDC, sur laquelle la spéculation semble être la plus intense. Notamment, entre dimanche 11 et lundi 12 juillet, l'action est tombée à 20 W$, avant de remonter à 23 W$ pour se stabiliser de nouveau à son cours actuel. Aucun événement politique n'a été la cause de ces fluctuations et la Bourse a rétabli d'elle-même le titre à un niveau «raisonnable». «La valeur de l'UDC me semble pourtant bien optimiste, je n'en achèterais pas à ce prix», estime Hans Fehr, conseiller national UDC. La cote des Verts a aussi connu récemment un sérieux trou durant quelques heures en chutant à… 3 W$. C'était l'occasion d'acheter écologiste. Ce que les négociants n'ont pas hésité à faire, ramenant ainsi le titre à sa valeur de départ. Certains joueurs semblent bien se débrouiller. L'un d'eux, Xaexex (les négociants utilisent des noms d'emprunt), obtient même un rendement de plus 80%. «Il utilise probablement un programme informatique de spéculation, estime Oliver Arnoczky, le responsable Internet de Bilanz. On ne peut pas arriver à un tel résultat autrement.»

L'idée de Bourse des partis politiques est née aux Etats-Unis à la fin des années 80. La puissance de prévision de ces «Political Stock Markets» a été testée lors de l'élection présidentielle de 1988. Le succès a dépassé les espérances. Le cours des différents candidats fixé par l'ensemble des négociants s'est approché à 0,1% de la réalité. D'autres essais ont alors suivi. Le dernier en date est l'élection du Bundesrat en Allemagne. De nouveau la Bourse s'est montrée très réaliste.

En Autriche, cependant, l'expérience a tourné au fiasco. Il est vrai que la fiabilité d'une telle prévision dépend beaucoup du comportement des joueurs. Si des enfants en font partie ou si certaines personnes négocient intentionnellement de manière absurde, le résultat ne peut plus être garanti. En effet, dans un tel jeu, les participants ne doivent pas acheter selon leur sensibilité politique. Ils doivent au contraire parier sur les intentions de vote de toute une population.