L'éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral n'en finit pas de nourrir la polémique. Dans sa dernière édition, la Weltwoche, considérée comme l'organe officieux de l'UDC, dresse la liste de ceux qui, à droite, auraient voté contre Blocher, nommément désignés dans les rangs des démocrates-chrétiens et des radicaux. L'hebdomadaire cloue au pilori 50 «Abwähler», en traduction littérale «les désélecteurs», dont 34 démocrates-chrétiens et 16 radicaux, livrés à la vindicte des fanatiques et des sympathisants de l'UDC, pour s'être exprimés, aux côtés des socialistes et des Verts, contre la réélection de leur idole.

Nombreux sont ceux qui se sont livrés pour leur propre compte à cet exercice au lendemain du 12 décembre, et leurs conclusions ne sont dans l'ensemble pas extrêmement éloignées de celles de l'hebdomadaire alémanique.

Sur la base du résultat du scrutin, il y a nécessairement, dans les groupes démocrate-chrétien et radical, une cinquantaine de parlementaires qui n'ont pas voté pour Blocher. En parlant avec les élus, dont certains font ouvertement part de leur choix, en faisant des calculs et des recoupements, on arrive effectivement à se faire une idée relativement précise des camps en présence dans chacun de ces deux groupes parlementaires.

Le problème, c'est que la Weltwoche présente péremptoirement ces cinquante noms sous le seul intitulé: «Ces démocrates-chrétiens et radicaux n'ont pas donné leur voix à Blocher», sans y apporter la moindre nuance. Or, cet exercice est nécessairement conjectural et spéculatif, et son exactitude est aléatoire. Le vote est secret, et personne n'est en mesure de dresser une telle liste avec certitude.

L'élection au Conseil fédéral n'étant susceptible d'aucun recours, les bulletins de vote sont détruits dès la proclamation des résultats. Au surplus, le comptage des 246 bulletins est partagé entre 10 scrutateurs, 8 pour le National et 2 pour les Etats, qui, s'ils peuvent au passage reconnaître l'une ou l'autre écriture, n'ont pas une vue d'ensemble. La démarche de la Weltwoche a une dimension et une intention politique évidentes. Les démocrates-chrétiens et les radicaux l'ont mal pris.

«Cela dépasse ce qui peut être toléré», déclarait vendredi le chef du groupe radical, le Zurichois Felix Gutzwiller, qui prévoit d'intervenir auprès de la direction de l'hebdomadaire. Le PDC dénonce un procédé propre aux régimes totalitaires: «On met les gens sous pression pour les obliger à se dénoncer ou à se justifier.» Trois ou quatre élus radicaux sont par ailleurs identifiés à tort dans la liste de la Weltwoche, qui comporte une autre lacune. Elle ne souffle mot de ceux qui, dans les rangs mêmes de l'UDC, n'auraient pas réélu Christoph Blocher. Sans citer personne, on peut présumer qu'ils furent une petite poignée.