Élections fédérales

Werner Salzmann freine la vague verte

Le camp rose-vert n’a pas réussi son pari de placer au deuxième tour ses deux représentants au Conseil des Etats. La présidente des Verts Regula Rytz essuie un échec qui prétérite son éventuelle candidature au Conseil fédéral

Curieuse ambiance ce dimanche au Rathaus de Berne, où le deuxième tour s’est achevé par l’élection de Hans Stöckli (PS) et de Werner Salzmann (UDC). Tout le monde s’est montré heureux: le Parti socialiste parce que son poulain Hans Stöckli a non seulement été réélu, mais a terminé en tête malgré une rude concurrence; et l’UDC, le plus grand parti du canton, car il retrouve un siège au sénat pour la première fois depuis la dissidence du PBD en 2008. Même la grande perdante, la présidente des Verts Regula Rytz, qui a été distancée de plus de 13 000 voix, a obstinément refusé de se déclarer «déçue».

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Ce week-end, le camp rose-vert avait l’occasion d’écrire l’histoire dans un contexte totalement extraordinaire: rafler les deux sièges bernois du Conseil des Etats à la barbe du bloc bourgeois dans un canton où ce dernier est majoritaire. Le premier tour s’était soldé par un résultat prometteur. A la surprise générale, ses deux candidats avaient terminé en tête le 20 octobre. Portée par les vagues verte et violette, Regula Rytz avait réussi un score canon. Ce d’autant plus que la couronne bernoise d’où elle vient s’était mobilisée pour la plébisciter, affichant un taux de participation nettement plus élevé que dans les régions rurales.

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Un bloc bourgeois soudé

Ce dimanche pourtant, ce scénario ne s’est pas répété. Plus les résultats des dix arrondissements tombaient dès 13 heures, et plus Werner Salzmann accentuait son avance sur la Verte. Lorsqu’il a compté 30 000 voix d’avance avant les résultats de l’arrondissement de Berne, la messe était dite.

Si le canton de Berne a connu une majorité de gauche au sein de son gouvernement durant dix ans, soit de 2006 à 2016, c’est parce que la coalition bourgeoise a longtemps été incapable de se montrer unie. L’irrésistible ascension de Christoph Blocher à la tête du parti suisse ayant conduit le parti bernois – longtemps modéré et agrarien – à adopter sa ligne, le PLR a fini par s’irriter de cette politique allant à l’encontre des intérêts de l’économie. Depuis 2016 pourtant, ces deux partis ont commencé à cicatriser les vieilles blessures. Et cette année, le ticket du second tour entre Werner Salzmann et Christa Markwalder a plutôt bien fonctionné. Non seulement l’UDC a été élu, mais l’ancienne présidente du Conseil national a presque doublé son score du premier tour.

Paysan de formation devenu ingénieur agronome, Werner Salzmann (57 ans) s’est déclaré «agréablement surpris» par son élection. «Le résultat du premier tour a constitué un électrochoc au sein de notre électorat, qui s’est bien mobilisé au second tour», s’est-il réjoui. «Le peuple a clairement voulu éviter une victoire totale du camp rose-vert», a-t-il analysé. De son côté, Christa Markwalder réalise un score honorable. «J’ai tenu à offrir le choix d’une femme libérale aux électeurs. J’espère désormais que l’UDC saura modérer sa ligne politique», a-t-elle espéré. C’est peu probable. Werner Salzmann soutient à fond l’initiative de l’UDC visant à résilier l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE.

Le succès du «vieil homme blanc»

Le grand vainqueur du jour, c’est Hans Stöckli (67 ans). Siégeant depuis dix-huit ans sous la coupole fédérale, l’ex-maire de Bienne incarnait le politicien s’accrochant à son siège. A l’énoncé des résultats, il était plus soulagé qu’autre chose. «Le vieil homme blanc est non seulement en parfaite santé, mais aussi plein d’énergie pour représenter le canton de Berne et surtout sa minorité francophone», a-t-il assuré.

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Et Regula Rytz? La présidente suisse des Verts, portée aux nues par les médias qui en ont fait l’icône des vagues verte et violette au soir du 20 octobre, n’a pas pu rééditer son exploit du premier tour. Elle a certes amélioré son score, mais insuffisamment pour battre Werner Salzmann qui, lui, a davantage profité du surprenant désistement de la conseillère d’Etat Beatrice Simon (PBD). Evitant soigneusement de se dire déçue, Regula Rytz a réaffirmé une chose: «Les Verts évoluent désormais dans la même ligue que les autres partis. Ils ont ainsi droit à être représentés au Conseil fédéral.» Ce n’est pas l’avis de l’UDC: «La vague verte a été stoppée aujourd’hui à Berne», ont affirmé ses sympathisants.

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