Les déboires de l'UDC dans son fief zurichois sont-ils le signe avant-coureur de difficultés plus grandes au niveau national? La question peut se poser, car le plus grand parti du canton est en fâcheuse posture: après avoir sans raison poussé à bout son conseiller d'Etat Christian Huber, dont les compétences et la fermeté en matière de rigueur budgétaire étaient incontestées, l'UDC échoue piteusement au premier tour avec un Toni Bortoluzzi, candidat de notoriété nationale. Et se voit contrainte de lancer un politicien communal falot pour tenter de sauver son siège le 10 avril prochain. Bruno Heinzelmann, maire de Kloten, qui passe pour être consensuel, doit aller chercher les voix radicales brusquées par les dérapages qui donnent le ton dans le parti.

Un parti qui ne donne toutefois pas l'impression de vouloir s'assagir. Lundi soir devant les délégués, Peter Good, le peu charismatique président qui a repris le lourd héritage de Christoph Blocher, a multiplié les attaques tous azimuts à l'humour douteux. Et dans les cantons qui ont renouvelé leurs parlements depuis les élections fédérales d'octobre 2003, l'UDC a progressé partout. Sauf en Argovie, où elle a accusé une baisse de 4,2%, mais où elle reste le parti le plus important. Les radicaux et le PDC sont, eux, presque partout dans le camp des perdants. Comme tous ses confrères, le politologue bernois Werner Seitz se garde bien de prédire le déclin de l'UDC. Mais estime que la crise guette si elle échoue au second tour.

Le Temps: Les difficultés de l'UDC zurichoise sont-elles un signal qui dépasse le cadre du canton?

Werner Seitz: Pour un parti habitué au succès, le 27 février a été vraiment un revers cinglant. L'UDC zurichoise a valeur de symbole. Avec son style radical et sa manière de s'en prendre aux autres formations bourgeoises, elle touche à ses limites. Mais c'est trop tôt pour parler d'un tournant général. Si son candidat passe au second tour, elle va se remettre. Mais s'il échoue, là, on pourra parler de crise.

– Cette mauvaise passe peut-elle l'inciter à mettre de l'eau dans son vin?

– Son ton agressif est une des clés de son succès: c'est comme ça qu'elle a conquis les fiefs PDC en Suisse alémanique et s'est implantée en Suisse romande. Je ne pense pas qu'elle va en changer. C'est la contradiction à laquelle elle doit faire face depuis toujours: son style coup de poing lui assure des succès dans les parlements. Mais pour entrer dans les exécutifs, c'est un handicap. Elle a fait une erreur tactique en dénigrant la concordance et en poussant Christian Huber à la démission. Surtout depuis que Christoph Blocher est lui-même au Conseil fédéral. Je ne sais pas si elle peut résoudre ce problème. Mais elle n'est pas seule dans cette situation. Le PS avait aussi échoué à Zurich avec Vreni Müller-Hemmi (ndlr: candidate socialiste au Conseil d'Etat en 1995).

– Le parti suisse tremble-t-il sur ses bases maintenant que Christoph Blocher n'est plus là?

– Cela change certes la donne. Mais l'UDC n'est pas un produit créé de toutes pièces par Christoph Blocher. C'est un parti avec une substance, qui a bien en main des thèmes avec lesquels il peut très bien engranger des succès: pensez aux deux votations sur l'Europe de cette année.

– En Argovie, pour les élections au parlement, elle vient quand même de perdre plus de 4% des suffrages…

– Oui, mais elle est juste tombée en dessous de la barre des 30%: c'est un score encore haut. De plus, il y a quatre ans, elle avait pu profiter de l'effet mobilisateur de l'initiative sur l'Europe. Et n'oubliez pas qu'elle a gagné des points dans les huit autres élections parlementaires cantonales depuis l'automne 2003. Les derniers résultats ne sonnent pas encore la fin des bons résultats de l'UDC. Mais montrent ses limites: pour obtenir la majorité absolue, elle a besoin d'alliés, et de les soigner.

– Le parti radical zurichois, régulièrement traité en paillasson, doit-il se réjouir de la méforme du grand frère?

– C'est un avertissement clair pour la direction du parti: son électorat a voulu sanctionner les dérapages de l'UDC. Mais si, le 10 avril prochain, c'est le candidat PDC qui passe, ce n'est pas seulement l'UDC qui va avoir un problème. Les instances dirigeantes des radicaux aussi. Parce qu'ils défendent une politique qui n'est pas suivie par leur base. De toute façon, si le parti veut se relever il doit développer son propre profil et se recentrer sur ses contenus d'origine.