numérique

Wikipédia investit la mémoire nationale helvétique

Les Archives fédérales engagent un «Wikipédien». La plateforme espère de nouveaux contributeurs

Les Archives fédérales suisses (AFS) et Wikipédia collaborent depuis une semaine à la publication de documents historiques. La section suisse de Wikimedia, fondation qui gère Wikipédia, vient d’annoncer l’entrée en fonction d’un «Wikipedian in Residence», une sorte de correspondant numérique aux Archives fédérales. L’informaticien zurichois Micha Rieser a pour mission de former les archivistes et historiens aux rudiments du partage de contenus sur la plateforme. La collaboration débutera par la mise en ligne d’une collection de 5000 photographies de la Première Guerre mondiale.

Contributeur de Wikipédia depuis 2005 (le site n’a été lancé qu’en 2001), Micha Rieser prétend modestement que ses articles ne font que valoriser des connaissances déjà existantes. Employé d’un bureau de statistique zurichois, il enseigne deux jours par semaine au personnel des Archives fédérales à manier les outils de l’encyclopédie. Pour lui, ce travail n’est pas uniquement technique: «Je suis sur place pour établir des liens entre la communauté Wikipédia et le milieu académique. Pour beaucoup de wikipédiens [les contributeurs de l’encyclopédie], les archives restent un territoire inconnu. Cette collaboration nous permettra d’expliquer aux gens comment fonctionnent ces centres d’information et comment y effectuer des recherches. Il s’agit pour nous de tenter d’en démocratiser l’usage.»

Historien de formation, Marco Majoleth travaille pour les Archives fédérales et participe au projet, avec enthousiasme: «Nous tentons de mettre deux mondes en communication pour qu’ils puissent mieux profiter l’un de l’autre. D’un côté, la communauté du libre accès et de l’instantané et, de l’autre, celle des Archives avec ses restrictions juridiques. Nous apprenons à nous connaître, le processus montre que nos buts sont plus proches qu’on ne le pensait: améliorer l’accès au savoir.»

Lancé en 2010, le concept «Wikipedian in Residence» vise à développer des relations de long terme entre la communauté numérique et les institutions hôtes (galeries d’art, musées, bibliothèques et centres d’archives). Plus de quarante projets sont en cours autour du globe, notamment à la British Library de Londres, au Museum of Modern Art de New York ou aux archives nationales américaines de Washington.

La collaboration avec les Archives fédérales est le premier projet de ce type pour la section suisse de Wikipédia. «Nous souhaitions commencer par une thématique nationale, explique Chantal Ebongué, directrice administrative de Wikimedia Suisse. Notre priorité ce sont ces photos, dont beaucoup ne sont passées que récemment dans le domaine public.» Les deux institutions souhaitaient marquer le coup pour le ­centième anniversaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Les clichés avaient déjà été numérisés, mais l’aide apportée par Micha Rieser doit permettre d’améliorer la qualité des images et d’en faciliter la diffusion. Grâce à la publication sur Wikipédia, l’AFS espère toucher un public ne connaissant pas encore les archives ou la richesse de leurs fonds.

Alors que le succès de Wikipédia va grandissant, sa production d’articles tend à stagner. Le nombre de contributeurs réguliers diminue: il est passé de 90 000 à 80 000 sur les deux dernières années, toutes langues confondues. Les Wikipédiens anglophones ont, eux, diminué de 37,5% entre 2007 et fin 2012, selon une étude de l’Université du Minnesota. La croissance des articles s’est également tassée. Alors qu’elle était de 5% en 2006, elle n’atteint désormais qu’un faible 1%. Chantal Ebongué n’y voit que le contrecoup du succès de l’encyclopédie. «Le pic a été atteint en 2007. Aujourd’hui, on a écrit sur tellement de choses qu’il devient plus difficile pour les nouveaux venus de se lancer. Il y a moins d’articles à créer mais plus à améliorer. Les sujets sont plus pointus. Voilà pourquoi nous avons besoin d’intéresser de nouvelles personnes.»

«Wikipedian in Residence» doit permettre de poursuivre la diversification des activités de l’encyclopédie en ligne mais également d’élargir le cercle des contributeurs. «Le but n’est pas d’envoyer quelqu’un de manière permanente dans les archives. Nous cherchons à former les scientifiques pour leur permettre de partager leurs connaissances de manière autonome et plus systématique. Il y a une réceptivité croissante dans le monde académique. Nous donnons des formations dans les universités, les jeunes chercheurs sont preneurs», conclut Chantal Ebongué.

«Nous tentons de mettre deux mondes en communication»

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