Winterthour a longtemps vécu au rythme de l’industrie. Au XIXe siècle, heure de gloire de Sulzer, l’entreprise de construction de machines employait des milliers de personnes dans cette cité à 25 kilomètres de Zurich. Après la crise de l’industrie des années 1990, les usines vides ont peu à peu laissé place à de vastes chantiers de construction, destinés à des habitations.

C’est ce qui a fait le renouveau de l’ancienne cité industrielle, où la population, ces dernières décennies, a augmenté plus vite qu’ailleurs. Ses logements aux loyers accessibles attirent surtout des jeunes, des familles, qui tournent les talons à Zurich et ses prix en expansion. Cette immigration a donné à la ville un visage plus jeune. Mais l’angoisse de la cité dortoir saisit la ville.

Les Verts libéraux, qui possèdent un peu plus de 10% des sièges au parlement, ont lancé une initiative visant à favoriser l’emploi. Le texte réclame de fixer un quota de places de travail à créer, en fonction de la population. Les citoyens votent ce dimanche pour dire s’ils souhaitent imposer à leurs autorités un objectif de 65 places de travail pour 100 habitants d’ici 2020, puis 70 en 2030 (au lieu de 56 places pour 100 habitants actuellement).

Le texte est jugé irréaliste par ses détracteurs, PLR et socialistes en tête. Pourtant, tous, à gauche comme à droite sont d’accord: la croissance démographique accélérée - de 103 000 à 110 000 habitants au cours des cinq dernières années (+ 7%) menace l’équilibre de la ville.

La success-story du Casinotheater

«Winterthour a grandi sans que personne ne s’en rende compte», observe Viktor Giacobbo, humoriste. Pourtant, l’animateur de l’émission de la SRF Giacobbo/Müller, ne voit pas sa ville comme une cité endormie. «C’est tout le contraire», dit-il.

Au premier regard, Winterthour n’a pas grand-chose pour impressionner le visiteur: ni lac, ni monuments particuliers. Mais derrière les façades moroses de ses bâtiments, l’offre culturelle s’est épanouie, de nouveaux cafés et restaurants ont fleuri au centre-ville. L’exemple du Casinotheater de Viktor Giacobbo, ouvert en 2002, est emblématique.

L’humoriste a racheté l’ancien théâtre communal, qu’il a rénové pour y monter une scène et un restaurant. Ce lieu, qui fonctionne sans subvention, est devenu un pôle international de la satire, attirant des comédiens de toute la scène germanophone. Le Casinotheatre a donné à la ville une success-story. «Les Zurichois pensent encore que les restaurants ferment à 23 heures. Mais lorsqu’ils viennent ici, ils se rendent compte que ça bouge», dit-il en riant.

A côté, la collection Oskar Reinhart et le musée de la photo accueillent des oeuvres qui ont de quoi faire rougir Zurich. Et la Sulzer Areal symbolise la mutation de Winterthour. A la place de l’ancienne usine de locomotive, on trouve aujourd’hui un campus universitaire bouillonnant, des restaurants, une bibliothèque, des boutiques et ateliers d’artistes.

Fierté retrouvée

Au cours des dernières années, Winterthour a surtout fait parler d’elle pour ses chiffres rouges, ses plans d’épargne chroniques et ses jeunes partis faire le djihad. Mais elle se débarrasse lentement de sa réputation de cité grise à l’ombre de Zurich. La «ville-B», comme l’avait un jour surnommée un journaliste zurichois du Tages-Anzeiger, déclenchant les foudres de ses voisins, retrouve sa fierté.

Elle se pavane même depuis le mois dernier à la troisième place dans le classement des communes les plus attractives de Suisse, après Zurich, première, et Zug, seconde. Ce ranking annuel, réalisé par Wüest&Partner et publié par Bilanz, évalue la qualité de vie des principales villes de Suisse.

Il relève l’autre atout de l’ancienne cité industrielle, à côté de son offre culturelle: la formation. Winterthur a vu s’installer la haute école de sciences appliquée (ZHAW), le centre de formation en santé (ZAG) et l’école professionnelle technique. Michael Künzle, le maire PDC, ne cache pas sa fierté: «Nous travaillons chaque jour pour que notre ville soit plus attractive».

L’historien économique Adrian Knoepfli joue les trouble-fête: «Sur le plan économique, Winterthour va mal. Elle a attiré beaucoup de jeunes et de familles, mais peu d’entreprises et de contribuables aisés». Il y a bien de nouveaux fleurons: les assurances Axa, Swica, ou le fabriquant d’appareils électroniques Kistler. Mais ce n’est pas suffisant, souligne l’économiste.

La ville risque de perdre ce qu’elle a gagné, avertit Beat Meier, coprésident des Verts libéraux et auteur de l’initiative pour augmenter les places de travail: «Nous avons le même ratio entre habitants et emploi que des cités dortoir comme Vernier, à Genève, ou Köniz, dans la banlieue de Berne», relève-t-il. Et, ce que Winterthour redoute par-dessus tout, c’est renouer avec sa réputation de cité dortoir, lorsque les restaurants fermaient à 23 heures.