Prévention

A Winterthour, un réseau contre l’extrémisme

Les départs pour le djihad de plusieurs jeunes de Winterthour ont fait les gros titres et plongé la seconde ville du canton de Zurich dans un profond malaise. Les autorités ont mis sur pied un bureau contre l’extrémisme. Premier bilan après cent jours d’activité

C’est une enseignante, qui observe un soudain changement dans le comportement d’un élève de 13 ans: le garçon est absent en cours, il raconte avoir visionné des vidéos djihadistes. Ou encore un père, qui découvre dans l’historique de l’ordinateur familial les recherches de son fils, récemment converti à l’islam, pour savoir comment se rendre en Syrie, ainsi qu’une note disant que «le djihad est un devoir». Tous deux ont contacté Urs Allemann au cours des trois derniers mois pour lui faire part de leurs inquiétudes.

Accalmie du côté des départs pour le djihad

L’homme est le nouveau responsable du bureau contre l’extrémisme de la ville de Winterthour. Vendredi lors d’une conférence de presse, il dressait un premier bilan, après cent jours d’activité. Sur 17 cas traités, dont les deux précédemment cités anonymement, seul un – le jeune homme de 19 ans qui souhaitait se rendre en Syrie – a nécessité un signalement à la police.

Ces derniers mois, la Suisse a connu une accalmie du côté des départs pour le djihad. Mais, au cours des dernières années, sur les 78 «voyageurs du djihad» recensés par le Service du renseignement de la Confédération depuis 2001, près d’une dizaine provenait de Winterthour. «Notre ville n’est pas un cas particulier, il existe d’autres réseaux similaires en Suisse», a tenu à souligner Nicolas Galladé, responsable du Département social de la ville, devant les médias venus nombreux.

Construire un réseau, une priorité

Depuis son entrée en fonction le 1er octobre, Urs Allemann a surtout consacré son temps à construire un réseau, pierre angulaire de la stratégie de la ville en matière de prévention de la radicalisation. Il a noué un contact avec quelque 200 professionnels travaillant avec des jeunes – enseignants, assistants sociaux, policiers, responsables de mosquées, animateurs de quartiers – pour les «sensibiliser» à la thématique de l’extrémisme. «L’ensemble du système est soulagé qu’un bureau centralise les questions autour de l’extrémisme», souligne la ville.

Objectif: reconnaître le plus tôt possible les signes d’une radicalisation et intervenir auprès des personnes à risque avant qu’une infraction ne soit commise, «ligne rouge» au-delà de laquelle s’arrête le travail de prévention et commence celui de la police. Le bureau doit servir de pôle d’expertise sur l’extrémisme, mais aussi de centrale d’accueil pour les questions de la part de la population. Mission délicate: le système d’alerte repose sur l’entourage des jeunes, souvent réticent à signaler les agissements d’un proche si cela peut le conduire à une dénonciation à la police.

Une stratégie élaborée à partir d’exemples étrangers

Après un cursus à l’école professionnelle en travail social, Urs Allemann s’est spécialisé en coaching, médiation et supervision. C’est son expérience et son réseau de contact qui ont conduit la ville de Winterthour à l’approcher: après neuf années à la prévention de la violence juvénile auprès de la ville de Zurich, il a travaillé au sein d’un centre d’aide destiné aux enfants et adolescents.

Pour construire sa stratégie de prévention, Winterthour s’est inspirée d’autres exemples à l’étranger. Ainsi, la responsable du département de la prévention et des addictions de la ville Françoise Vogel a voyagé à Vilvorde avec délégation de la ville de Zurich. La cité Belge de 40 000 habitants passe pour un modèle de prévention en matière d’extrémisme: après avoir vu partir 28 jeunes vers le djihad elle est parvenue, à l’aide d’un réseau de prévention de proximité, à mettre fin à la série noire.

Plusieurs villes suisses ont pris des mesures

En Suisse, d’autres villes ont mis sur pied récemment des mesures contre la radicalisation. Zurich possède depuis une dizaine d’années une cellule pour la prévention de la violence. Depuis deux ans environ, deux de ses employés se sont spécialisés dans l’extrémisme et le terrorisme. Berne possède une cellule similaire, tandis que Bâle-ville a mis sur pied en novembre dernier une taskforce dédiée à la prévention de l’extrémisme, impliquant les principaux services cantonaux concernés: police, écoles, responsables de l’intégration, cliniques psychiatriques.


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