Wouter Basson, le Mengele de l'apartheid, se rappelle au bon souvenir du Département fédéral de la défense (DDPS). Dans le cadre de son procès – qui a débuté en octobre 1999 en Afrique du Sud – il a déclaré la semaine dernière avoir acquis en 1992 avec l'aide des services secrets suisses une demi-tonne de Mandrax d'ex-URSS, une drogue qui devait servir à neutraliser les opposants antiapartheid. Mercredi, le DDPS a annoncé avoir ouvert un «pré-examen» sur ces accusations, confirmant une information du Tages-Anzeiger. «Nous devons déterminer s'il y a du nouveau ou non, quelle est la valeur de l'information», explique son porte-parole, Oswald Sigg.

Pour le DDPS il ne s'agit pas d'une enquête, mais d'une procédure interne dont on connaîtra le résultat dans dix jours. Oswald Sigg ne se souvient pas avoir entendu parler de cette drogue et renvoie aux conclusions d'une commission parlementaire de 1999. Cette commission, qui devait se pencher sur les liens équivoques entre services secrets suisses et sud-africains après de nombreuses révélations des médias, avait finalement complètement blanchi Peter Regli, le responsable suisse de ces services, en reprenant sa version des faits. Ce dernier a démenti mercredi sur les ondes de la DRS toute implication dans l'affaire Mandrax. Il a répété qu'il n'aurait rencontré qu'une seule fois Wouter Basson à Berne lors d'une visite de «courtoisie».

Pas de révélation

La demi-tonne de Mandrax n'est pourtant pas une révélation. En avril 1999, une enquête de Temps présent avait déjà évoqué l'affaire: lors de son arrestation en Suisse en 1993, Wouter Basson était en possession de 500 kilos de drogue en provenance de Croatie d'une valeur de 2,5 millions de francs. Il comptait tester en Suisse la qualité de cette marchandise.

Peter Tschopp, ancien conseiller national et ex-membre de la commission parlementaire évoquée affirme aujourd'hui n'avoir jamais entendu parler du Mandrax et met en garde contre les déclarations de Wouter Basson: «C'est un personnage complexe et suspect.» L'ancien parlementaire précise que s'il devait y avoir des éléments nouveaux la commission ad hoc pourrait aussitôt être réactivée. Il rappelle encore qu'il y a deux ans, l'Afrique du Sud de Mandela «avait d'autres chats à fouetter, alors qu'aujourd'hui il y a un mouvement international pour juger les crimes contre l'humanité». Les associations antiapartheid avaient vivement dénoncé le manque de sérieux de l'enquête parlementaire.