C’est une première: Suisse Eole a conclu un pacte avec WWF Suisse pour le développement des éoliennes en Suisse. Mais ce qui est possible avec l’antenne helvétique du World Wildlife Fund n’est pas forcément transposable sur les autres organisations de défense de l’environnement et du paysage. Aucun accord du même genre n’a été conclu avec Pro Natura ou avec la Fondation pour la protection du paysage (FP), avec qui les positions sont moins conciliables. «Avec ces organisations, le dialogue est plus ou moins simple, ou il n’y a parfois pas de dialogue du tout», commente la présidente de Suisse Eole, la conseillère nationale Isabelle Chevalley (PVL/VD).

A terme, Suisse Eole imagine 120 parcs éoliens comprenant cinq à dix turbines. A titre de comparaison, 37 mâts captent aujourd’hui le vent pour le transformer en énergie. De son côté, le WWF imagine 400 installations sur l’ensemble du territoire. Pourquoi cette organisation de défense de la nature s’est-elle engagée dans cette voie alors que Pro Natura, la FP ou Helvetia Nostra sont à l’origine de nombreuses oppositions contre des projets de ce genre, par exemple au Schwyberg (FR) ou à la vallée de Joux?

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«Le dommage sera total»

«Nous faisons aussi des oppositions. Mais nous avertissons quand nous le faisons et nous mettons autour d’une table pour discuter, relève Catherine Martinson, membre de la direction du WWF Suisse. Lorsque les premiers projets sont apparus il y a une dizaine d’années, cela a levé un vent de panique dans nos sections. Mais nous étions aussi favorables à une politique énergétique durable. Il fallait résoudre ce dilemme et nous nous sommes dit qu’il faut s’engager en faveur de bons projets correctement planifiés», raconte-t-elle. «Le dommage sera total si les organisations vertes s’opposent aux énergies vertes», ajoute Kurt Eichenberger, coordinateur national pour l’énergie éolienne au WWF Suisse, qui a mis sur pied en 2015 une petite équipe pour suivre ce dossier.

L’ouverture d’esprit du WWF réjouit les dirigeants de Suisse Eole. «La Suisse est en queue de peloton pour le développement de l’énergie du vent, mais son potentiel est plus grand qu’on ne l’a imaginé, par exemple dans le Mittelland et le nord-est du pays. Avec l’eau et le soleil, le vent est la clé d’un approvisionnement sûr en électricité, en particulier en hiver, lorsque l’eau et le soleil produisent peu», commente son vice-président, le conseiller national Karl Vogler (PCS/OW). Il ajoute que, contrairement à des craintes maintes fois exprimées, les oiseaux sont davantage victimes des changements climatiques que des hélices productrices d’énergie.

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Le plus souvent, la population accepte

Isabelle Chevalley ajoute que, dans la majorité des cas, la population a donné son feu vert à l’implantation de parcs éoliens lorsqu’elle a été consultée. Plusieurs votes positifs ont eu lieu dans l’Arc jurassien ces dernières années et en Valais, où l’on a enregistré le seul vote négatif récent (à Saxon en 2014). «Cela n’empêche pas certains opposants de tout entreprendre pour pourrir la situation et de se placer dans la position de la minorité qui veut imposer son point de vue à la majorité, ce qui s’appelle une dictature», s’énerve-t-elle.

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L’accord avec le WWF assouplira-t-il la position d’autres organisations environnementales? «Nous espérons collaborer avec d’autres acteurs. Nous les inviterons à nos tables rondes, dans le cadre desquelles nous évaluons les projets et les mesures à prendre pour protéger la nature», confie Kurt Eichenberger.

Directeur suppléant de la FP, Roman Hapka ne ferme pas la porte. Mais il voit le rôle de son organisation autrement. «Nous avons eu des contacts avec SuisseEole mais avons vite vu que ça ne fonctionnerait pas. Notre but est de défendre le paysage. Or, on ne voit les problèmes que lorsqu'ils sont mis à l'enquête à l'échelon local. Je ne sais pas combien de temps l'accord entre SuisseEole et le WWF tiendra. 400 éoliennes dans le pays, c'est beaucoup trop», commente-t-il.

Responsable de l'information de Pro Natura, Nicolas Wüthrich «salue» la déclaration d'intention commune de SuisseEole et du WWF. Pro Natura est «logiquement en accord» avec les objectifs visés, mais insiste sur la nécessité de combattre les «mauvais projets». «Si le WWF et SuisseEole font avancer les choses à ce niveau tant mieux», poursuit-il en insistant sur le fait que le solaire et les économies d'énergie lui semble receler un potentiel plus important que le vent.

L’éolien doit encore acquérir ses lettres de noblesse. Dans le monde de l’énergie, certains ingénieurs considèrent que le jeu n’en vaut pas la chandelle si l’on compare les coûts de production à l’électricité produite.

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