Portrait

Xavier Challandes, UDC, 24 ans et déjà président d'un Grand Conseil

Député neuchâtelois depuis 2013, le vigneron-caviste brûle les étapes. Profitant d'une opportunité, il a accédé à la présidence du parlement neuchâtelois. Le jeune UDC se profile comme rassembleur... et se voit candidat au gouvernement en 2021

Arrivé en avance au rendez-vous, en tenue décontractée, le jeune homme trépigne sur le trottoir du chef-lieu. Personne ne le salue. Il est pourtant, depuis une grosse semaine, le premier citoyen neuchêtelois, président du Grand Conseil pour 2016-2017. Xavier Challandes, 24 ans, UDC, vigneron-caviste. «J'aurai 25 ans en août», s'empresse-t-il d'ajouter, fier d'être le plus jeune président de tous les temps, jeunesse dont il n'entend toutefois pas abuser pour dépoussiérer la solennité de la fonction ou par avance, se faire pardonner quelque possible bourde due à son inexpérience.

«J'ai toujours été intéressé par la politique et les institutions, que je respecte par-dessus tout», dit le jeune UDC qui fait allègrement le grand écart entre sa filiation politique d'opposition et la respectueuse défense du costume de premier citoyen neuchâtelois.

A la place de Jean-Charles Legrix

Tout comme il ne ressent aucune gène d'avoir pris la place de Jean-Charles Legrix. C'eût dû être au tour du magistrat chaux-de-fonnier d'être le deuxième UDC (après Walter Willener en 2008) à occuper le perchoir, mais sa mise à l'écart temporaire de l'exécutif de La Chaux-de-Fonds en 2013 l'avait contraint à renoncer à briguer la présidence du parlement. «Comme notre groupe parlementaire compte six jeunes de moins de trente ans, il a fait le parti de faire confiance à l'un d'eux», relève Xavier Challandes.

Opportuniste aux dents longues? «Aucunement, je suis d'abord loyal à mon parti. D'autres ont cru pouvoir utiliser l'UDC pour assouvir leur ambition personnelle. Ce n'est pas mon cas.» Le jeune politicien avoue pourtant qu'il compte faire de son année de présidence un tremplin «pour la suite», dit-il.

S'étant établi à Auvernier après avoir passé son enfance à Savagnier, il devra être réélu député dans une autre circonscription. Il a mené en octobre 2015 la liste des jeunes UDC aux élections fédérales, «avec un très bon score de 3%, le meilleur de toutes les listes jeunes UDC de Suisse, ajoute-t-il. J'affiche clairement mon ambition de briguer un siège au Conseil d'Etat en 2021.» Fanfaronnade ? «Je ne crois pas, appuie le président de l'UDC neuchâteloise Yvan Perrin. C'est un jeune motivé et compétent, qui fait l'unanimité dans notre groupe, qui saura prouver durant son année de présidence qu'il a l'envergure.»

Premier discours au Mucivi

Après avoir prononcé devant le Grand Conseil un premier discours en faveur du consensus, appelant même à «réunifier le canton», pour casser les luttes de tranchées régionalistes, Xavier Challandes a eu une première représentation à risques. Invité, il a participé à l'inauguration du Mucivi, le Musée des civilisations de l'islam à La Chaux-de-Fonds. «Cela s'est bien passé, il me semble», dit d'emblée le président. Avouant deux craintes, «d'éventuels débordements au vu de la polémique autour de cette ouverture et des réactions dans mon parti».

Xavier Challandes a parlé d'ouverture, de la nécessité de lutter contre l'ignorance. Et de regretter à mots couverts la diabolisation du musée. «Il vaut la peine de le visiter, dit-il. Si la réalisation du complexe immobilier attenant se fait dans le même esprit, cela ne posera aucun problème. La Chaux-de-Fonds est multiculturelle et tout se passe bien.»

Pour l'initiative sur le niqab

Xavier Challandes réfute toute naïveté. Il prône la laïcité. «On ne porte pas le voile à l'école, on se conforme aux us locaux.» Il signera l'initiative contre le niqab.

La ligne politique de Xavier Challandes est ainsi faite de principes propres à son parti et d'une conception républicaine des institutions. Ainsi prône-t-il la rigueur financière qui fait défaut, note-t-il, aux autorités neuchâtelois, mais il dit en même temps que l'actuel gouvernement, avec trois socialistes et deux PLR, fait du bon travail. Il pressent que l'UDC ne tentera pas en 2017 de revenir à l'exécutif cantonal.

Loyal à l'UDC, Xavier Challandes est pourtant un "esprit libre", comme il le dit. Il a pris clairement position pour la centralisation hospitalière et même pour la réalisation d'un site hospitalier unique dans son canton. De même, en opposition à son parti, il soutient la construction d'un hôtel judiciaire à La Chaux-de-Fonds. Il a encore voté en faveur de la circonscription électorale unique dans le canton vouée aux gémonies par son groupe. Il a même été «assez fâché envers le Conseil d'Etat, qui ne s'est pas vraiment battu pour faire aboutir ce projet».

Une admiration pour Christoph Blocher

Le regard droit, n'éludant aucune question, Xavier Challandes a manifestement confiance en lui et en sa capacité d'appliquer une politique agrarienne non dogmatique, à «trouver des solutions ensemble, dans ce canton, dans l'intérêt de tous».

Sans nourrir de culte du chef, il avoue son admiration pour Christoph Blocher, «parti de rien, qui a réussi comme chef d'entreprise et politicien». Mais d'ajouter: «Il est temps qu'il se retire de la politique active.» Il ose la même formule envers ceux qui s'accrochent à des mandats à l'intérieur de son parti, souhaitant l'avènement de la nouvelle génération. Faut-il évincer Yvan Perrin de la présidence, alors ? «Non, pas l'évincer, il est un apport précieux. Mais il faut songer à préparer sa succession.»

Le lien avec Thierry Grosjean

S'il estime ne pas avoir de mentor ni d'idole, encore qu'il voue plus que de l'admiration pour le général Guisan et les patriotes, Xavier Challandes ne renie pas certaines influences. Comme celle de son patron au Château d'Auvernier, Thierry Grosjean, ancien conseiller d'Etat PLR, évincé en 2013. «Il m'a encouragé à me présenter au Grand Conseil. Pour la présidence, il a exprimé d'abord un peu de réticence, je l'aurais écouté s'il m'avait demandé de renoncer. Mais au final, il est très content. Je lui ai déjà dit que sans lui, je n'en serais pas là.»

L'armée constitue aussi un lien entre Thierry Grosjean et Xavier Challandes, premier lieutenant et passionné de tir sportif à 300 mètres. L'élève aurait-il dépassé le maître? «Certainement pas», dit le jeune président qui a pu réduire son temps de travail de 100 à 60%. Il passe ainsi d'un château à l'autre, celui de Neuchâtel où il préside les sessions du Grand Conseil, au domaine viticole d'Auvernier où «je balaie la cour, sourit-il. C'est l'essence même de notre système de milice en Suisse et cela me convient très bien». Arrivé sur la pointe des pieds, le président Challandes lorgne sur sa montre et repart enfiler son bleu de travail au château.


Profil

1991            Naissance puis enfance à Savagnier.

2009            Engagé comme apprenti vigneron-caviste au Château d'Auvernier, où il décroche deux CFC et où il est toujours employé.

2010            Il entre comme député suppléant au Grand Conseil, sans avoir été en liste, l'UDC ayant épuisé ses viennent-ensuite.

2013            Election régulière comme député du Val-de-Ruz, premier de liste.

24 mai 2016  Elu président du Grand Conseil neuchâtelois.

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