Précarité

Xavier Magnin: «Les communes sont prêtes à agir pour les sans-abri»

Alors que la ville de Genève finance seule les structures d’accueil pour SDF, le président de l’Association des communes genevoises se dit prêt à s’engager si le canton fait sa part

Une collaboration de tous les acteurs est nécessaire pour financer les infrastructures destinées aux sans-abri. Alors que communes et canton se renvoient la balle depuis des années, le Collectif d’associations pour l’urgence sociale (Cause) a voulu frapper fort: il a monté 46 tentes, samedi dernier, pour rappeler les communes à leurs responsabilités. La ville de Genève, qui finance seule le dispositif d’accueil installé ce printemps (quatre dortoirs et une halte de nuit provisoire), tire aussi la sonnette d’alarme: il manque 400 000 francs pour pérenniser ces structures jusqu’en décembre. Interpellé, le PDC Xavier Magnin, président de l’Association des communes genevoises (ACG) et maire de Plan-les-Ouates, prend position.

Le Temps: N’est-il pas temps que les autres communes se montrent solidaires de la ville de Genève, qui assume l’intégralité des coûts liés aux sans-abri depuis des années?

Xavier Magnin: La ville, qui s’engage de manière particulièrement active, ne peut plus affronter seule ce problème, nous le reconnaissons. Les communes sont prêtes à entrer en matière, à condition que le canton fasse sa part. En ce qui concerne les haltes de nuit notamment, la loi sur la répartition des tâches dit clairement que c’est au canton de s’en occuper en priorité. Une motion adoptée par le Grand Conseil en mai dernier demande par ailleurs à l’Etat d'«ouvrir une structure d’accueil permanente cantonale pour pallier les besoins actuels» et de soutenir les communes.

N’est-ce pas un peu facile de se renvoyer sans cesse la balle?

On oublie que beaucoup de communes s’engagent déjà à leur échelle. Dans la mienne, à Plan-les-Ouates, nous avons fait un don massif à Caritas et accueillons un village de studios mobiles de l’association Carrefour-Rue. Un deuxième verra le jour l’an prochain. Nous sommes également en discussion avec des promoteurs de la zone industrielle pour trouver de nouveaux locaux. Mais il faut admettre que la problématique des sans-abri est surtout une problématique de centre-ville. A Plan-les-Ouates par exemple, on constate que quatre ou cinq personnes errent dans la commune la journée et se déplacent en ville le soir pour manger et dormir.

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Si toutes les communes sont concernées, comment expliquez-vous le blocage actuel?

Nous avons été à bout touchant à plusieurs reprises dans ce dossier. En avril 2018, Thierry Apothéloz, alors président de l’ACG, s’était adressé à Mauro Poggia, conseiller d’Etat chargé de la cohésion sociale. Les communes étaient prêtes à mettre la main à la poche et à contribuer au million de francs demandé par la ville de Genève pour financer un dispositif d’urgence si le canton collaborait lui aussi. Or au final, ce dernier a opposé une fin de non-recevoir et tout est tombé à l’eau.

Après une législature perdue, comment se présente celle-ci?

Avec Thierry Apothéloz, nous bénéficions d’une oreille plus attentive. Je discute très souvent avec lui. Au sein du comité de l’ACG, les magistrats attendent un engagement officiel pour aller de l’avant. Il faut débloquer la situation avant l’hiver, il est intolérable d’imaginer que des personnes dorment dehors.

Les associations demandent la création d’un fonds intercommunal, comme il en existe pour la culture, est-ce envisageable?

Plusieurs possibilités sont évoquées. Par le passé, il a été question de verser un montant à la ville pour répondre à un besoin précis. Le principe d’un fonds serait évidemment plus efficace à long terme, pour éviter de devoir négocier à chaque urgence. Si cette option est retenue, il faudra définir la clé de répartition, selon la capacité financière, la proximité avec la ville ou encore la population. Par la suite, chaque commune devra négocier individuellement pour inscrire une augmentation ou une nouvelle ligne à son budget.

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