Construit en à peine deux ans, le plus ancien chemin de fer à crémaillère d’Europe célèbre ses 150 ans au Rigi. Des festivités ont été organisées ce vendredi autour de la montagne schwytzoise, notamment à Vitznau dans le canton de Lucerne, en présence de la conseillère fédérale Simonetta Sommarruga.

La ligne Vitznau-Rig, qui doit son existence à une invention de l’ingénieur Niklaus Riggenbach, a été inaugurée le le 21 mai 1871, jour du 54e anniversaire de son créateur, en présence «d’innombrables personnalités du monde de l’économie et de la politique, dont pas moins de quatre conseillers fédéraux» venus pour «voir cette merveille de technologie franchir pour la première fois les quelque 1100 mètres d’altitude», raconte la Neue Zürcher Zeitung. Parmi ces invités, deux journalistes du quotidien zurichois, dont l’un y racontera son trajet (en lettres gothiques).

Il balaie notamment les craintes exprimées par certains observateurs, jugeant l’entreprise – un train à flanc de précipice faisant appel à une technologie nouvelle – bien trop risquée: «Dès que le premier wagon a été embarqué, sous la direction personnelle de Monsieur le directeur Riggenbach, un sentiment de sécurité totale a rapidement pris possession de tous ses occupants.»

«Plus sûr qu’aucun chemin quelconque de la plaine»

C’est d’ailleurs également ce que s’attelle à démontrer un correspondant du Journal de Genève en juillet de la même année. «J’ai pu m’assurer qu’il existe encore de nombreux préjugés, qui empêchent bien des touristes de faire usage de ce chemin de montagne […] Je puis dire en toute conscience que le chemin du Rigi me paraît plus sûr qu’aucun chemin quelconque de la plaine. Je ne l’aurais pas cru, il y a huit jours.» La locomotive est ainsi précédée d’un «montagnard leste et vigoureux» relayé tous les quart d’heures, «pour servir d’éclaireur. Il est à vingt pas en avant du convoi; il ne court jamais, mais il allonge le pas.»

Cette ligne de train de 5 kilomètres, pour une heure de trajet environ, permet un essor du tourisme dans la région. Elle fait vite des émules. Quatre ans plus tard, une autre ligne partant cette fois d’Arth, dans le canton de Schwytz et rejoignant également le Rigi est inaugurée (les deux compagnies fusionneront en 1992). L’engouement pour ces trains à crémaillère se répand dans les Alpes et culminera avec la construction du chemin de fer de la Jungfrau, à 3454 mètres d’altitude, débuté en 1898 et achevé en 1912.

Mais l’exemple du Rigi ne suscite pas uniquement de l’intérêt dans les montagnes. A Lausanne, avant même l’ouverture de la ligne Vitznau-Rigi, les autorités étudient le système de Niklaus Riggenbach, pour le projet de métro Lausanne-Ouchy. Cette solution entre en compétition avec un système à air comprimé et un autre «au moyen d’un câble», explique La Gazette de Lausanne, le 14 avril 1971. Au final c’est bien la crémaillère, qui a démontré sa fiabilité au Rigi, qui sera retenue.

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«L’esprit pionnier»

Ce vendredi, pour commémorer cet événement précurseur, les organisateurs n’ont pas lésiné sur le folklore: cors des Alpes, lanceurs de drapeaux, rois de la lutte suisse étaient de la partie. Autorités et invités, dont la Conseillère fédérale Simonetta Sommarruga et le directeur des CFF Vincent Ducrot, ont pu prendre place à bord d’un convoi tracté par la Lok 7, seule locomotive à vapeur équipée de roues dentées, âgée de 148 ans et fraîchement restaurée.

Simonetta Sommarruga a salué «l’esprit pionnier» et «la clairvoyance» qui caractérisaient déjà la Suisse il y a 150 ans. «Lorsqu’on regarde nos infrastructures ferroviaires, on s’aperçoit de ce qui marque notre pays aujourd’hui encore: des gens à l’esprit futé, avec des idées, qui veulent faire avancer notre pays, du savoir-faire technique, un artisanat de qualité et une formation professionnelle dont on peut être fier», a loué la ministre des transports.

Les festivités du jubilé durent jusqu’au lundi de Pentecôte.