« Vous donnez votre nom. Cinq minutes plus tard, dix mètres plus bas et quarante mètres plus loin, on vous le rend plastifié, colorié, accompagné de votre photographie, de la raison sociale […] et des lettres symbolisant votre nationalité. […]

Si le seul rival de De Gaulle était Tintin, comme il l’affirmait lui-même, celui de Klaus Schwab, l’organisateur du Symposium de Davos, est […] Bécassine qui rangeait ensemble les objets les plus hétéroclites pourvu qu’ils soient de la même couleur. La couleur de votre badge désigne à la fois la nature de vos activités et les privilèges qui sont attachés à son port. La presse est rouge (évidemment), les orateurs vert et les personnes accompagnantes bleu. On a même prévu un badge noir symbolisant l’obscurité des besognes d’intendance qu’un peuple de petits nains qui en est porteur accomplit dans les fonds de la Maison des congrès de Davos.

Ainsi, trois jours après l’ouverture du symposium, chaque participant recevait un livre de l’épaisseur d’une bible, comptant presque autant de personnages et à peine moins d’élévation morale. C’est la liste alphabétique, photographique et analytique de tous les participants. […]

[Mais] ces têtes hautes de près de 8 mètres, ces nez péninsulaires et ces bouches à l’apparence de gouffres, est-ce l’île de Pâques […]? Non, simplement l’écran géant (système Eidophor) où est projeté le visage des orateurs. […] Aucune carie ne vous est épargnée et l’on se prend à craindre le feu de cheminée lorsque Fritz Leutwiler [alors président de la BNS] allume une cigarette de près de 2 mètres. […]

[La presse] a été installée dans les abris antiatomiques. […] Les francophones sont rares. […] D’ailleurs, les machines à écrire mises à notre disposition sont dotées de claviers s’obstinant à imprimer des «œ» lorsque l’on frappe une «apostrophe». »