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Histoire

Il y a 40 ans, les Jurassiens créaient un nouveau canton

Le 23 juin 1974, les électeurs des sept districts du Jura bernois votaient à 52% la constitution d’un 23e canton suisse. Mais le 16 mars 1975, quatre districts refusaient l’aventure autonomiste. Au final, le nouveau canton du Jura n’a plus concerné que les districts de Delémont, Porrentruy et des Franches-Montagnes

Il est 17 h, dimanche 23 juin 1974, dans le bureau du quartier général du Rassemblement jurassien à la ruelle de l’Ecluse à Delémont. Les bouchons de champagne sautent. Même s’il manque encore le résultat de la ville de Porrentruy, les partisans de la création d’un canton du Jura savent qu’ils ont gagné. Le plébiscite d’autodétermination dans les sept districts jurassiens qui avaient été rattachés au canton de Berne lors du congrès de Vienne en 1815 débouchera sur une majorité de oui, ce qui conduira à la création d’un 23e canton suisse.

Ce vote historique a quarante ans. Il est célébré par un jour férié dans le Jura. Dimanche à Saignelégier, le gouvernement in corpore a participé à la célébration officielle de la liberté.

L’affaire Moeckli

C’est l’occasion de replonger dans l’effervescence qui a conduit au vote du 23 juin 1974, 27 ans après le «réveil» de 1947, formule que l’on doit au militant-chroniqueur Marcel Brêchet. Les 9 et 17 septembre 1947, une majorité du Grand Conseil bernois refusait d’octroyer au conseiller d’Etat francophone, pourtant parfait bilingue, Georges Moeckli le Département des travaux publics, au prétexte, selon le député d’Interlaken Tschumi, qu’«il serait malaisé à la population d’entrer en contact avec un conseiller d’Etat de langue française». Les Jurassiens bernois se révoltent. La Question jurassienne ne cessera, entre 1947 et 1974, d’envenimer les relations intérieures du canton de Berne et de la Suisse.

Ainsi, le 23 juin 1974, les 80 800 électeurs des sept districts du Jura bernois d’alors sont invités à dire s’ils veulent se séparer de Berne et créer un nouveau canton.

Les séparatistes sont embarrassés, car ils savent que le processus de vote mis en place par le canton de Berne leur offrira la liberté revendiquée, mais qu’il déchirera le Jura, une partie voulant certainement rester bernoise. Il n’empêche, lors d’une assemblée tenue le 18 mai 1974 à la patinoire de Porrentruy, après une longue pesée des intérêts, une large majorité de 504 délégués du Rassemblement jurassien contre 4 estime que «l’heure est venue» et qu’il faut entrer dans le processus de vote.

Le 23 juin, la participation atteint le taux record de 90%. Les pronostics donnent le «non» vainqueur sur l’ensemble du territoire, mais avec un oui dans la partie nord du Jura.

Au fil du dépouillement

Dans l’après-midi du dimanche électoral, alors qu’il pleut à verse et qu’il fait froid, l’attente est interminable. Celui qui fut ensuite maire socialiste de Delémont et qui était en 1974 journaliste, Jacques Stadelmann, raconte qu’«à Delémont, la halle de gymnastique transformée en quartier général des militants autonomistes est pleine à craquer. A quelques pas de là, au premier étage de l’Hôtel central, les journalistes de la télévision et de la radio, fébriles, se battent avec les téléphones et les machines à calculer».

Le leader du mouvement séparatiste Roland Béguelin, qui avait préparé deux allocutions, en fonction du résultat, s’est enfermé dans les locaux du Jura libre. Le compte à rebours débute fort mal pour les partisans du canton du Jura, avec les premiers résultats venant du district alémanique de Laufon et de celui de La Neuveville, qui s’opposent nettement à l’avènement du nouveau canton.

A 15 h, selon le décompte du commentateur de la TSR Denis Moine, le non l’emporte de 9000 voix. A 16 h, le non est toujours vainqueur de 10 000 voix après les résultats de cinq des sept districts. A 16h10, tout commence à basculer. Le district de Delémont apporte une majorité de plus de 8000 oui. Ne manque plus que l’Ajoie.

Dans la halle du château, le préposé au micro annonce, radieux: «Le Jura a gagné. Vive la liberté! Vive le Jura libre. Il manque encore la ville de Porrentruy, mais les oui l’emportent déjà. C’est garanti, on a gagné.»

A Delémont, la célébration du nouveau canton a commencé quand tombe enfin, peu après 17 h, le résultat de Porrentruy qui renforce la majorité du oui à l’indépendance.

Il pleut la liberté

La liesse populaire envahit alors Delémont et le Jura, elle durera une pleine semaine. Face à la foule, le vice-président du Rassemblement jurassien, Roger Schaffter, lance une petite phrase devenue célèbre: «Il pleut la liberté.» Le sacristain de l’église Saint-Marcel à Delémont, Germain Zuber, fait sonner les cloches et quitte le sanctuaire en prenant soin de fermer les portes à clé, «de façon à ce que personne ne vienne interrompre leur envolée».

Les résultats officiels sont publiés à 18h30. Le oui au nouveau canton l’emporte, sur l’ensemble du Jura, à 52%: 36 802 voix contre 34 057. C’est une énorme surprise. Le processus de vote bernois avait été mis en place en tablant sur un refus général, puis sur la possibilité offerte aux districts qui le souhaitaient de revoter pour constituer un canton sur un territoire éclaté.

Nouveau vote en 1975

C’est l’inverse qui s’est produit. Les districts où le non l’a emporté le 23 juin 1974 ont ensuite demandé à pouvoir revoter, conformément au processus prévu. Le 16 mars 1975, les districts de La Neuveville, Courtelary et Moutier choisissent de rester bernois. Le Laufonnais passera à Bâle-Campagne au début des années 1990.

Le Jura devient canton suisse le 1er janvier 1979. Le 24 novembre 2013, un nouveau vote d’autodétermination a été organisé dans le Jura et le Jura bernois. Avec le même résultat qu’en 1974: un oui global en faveur d’un canton du Jura, mais un refus dans les trois districts qui avaient déjà choisi en 1975 de rester bernois.

La Question jurassienne ne concerne plus, désormais, que la ville de Moutier. Une courte majorité l’avait maintenue dans le canton de Berne en 1975. Un vote consultatif en 1998 avait confirmé cette option. Mais le 24 novembre 2013, à 54%, les habitants de Moutier ont souhaité changer de canton. Ils se prononceront de manière formelle et définitive au printemps 2017.

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