Après l’incendie qui a dévasté les locaux du centre de requérants d’asile de Collombey au printemps dernier et la résiliation du bail, la ministre Esther Waeber-Kalbermatten a annoncé mardi l’aménagement d’une structure d’accueil et de formation des requérants et de leurs familles à Vouvry. Le centre qui prendra ses quartiers sur le domaine des Barges, propriété du canton, hébergera à terme une soixantaine de personnes et proposera des programmes d’occupation en agriculture et horticulture sur une parcelle voisine. Il sera opérationnel dès cet été. L’UDC du Haut-Lac dénonce déjà une concentration des centres dans le Chablais, après Saint-Gingolph et Bex, et promet le lancement d’une pétition pour empêcher l’ouverture du centre. Tenu écarté des discussions jusqu’à l’annonce du projet cette semaine, le président de la commune Reynold Rinaldi commente la situation.

Le Temps: Le canton vous a mis devant le fait accompli. Comment prenez-vous la nouvelle?

Reynold Rinaldi: J’ai été averti par la Conseillère d’Etat Esther Waber-Kalbermatten vendredi dernier et je lui ai demandé de me laisser le temps d’informer mes collègues de l’exécutif avant de faire un communiqué de presse. Il y a deux façons de réagir. Se braquer et râler ou faire en sorte que les choses se passent au mieux. Nous ne pouvons pas formellement nous opposer à l’installation du centre sur un terrain qui appartient au canton, il faut donc créer de bonnes conditions, en matière de sécurité notamment. Le site est dans une zone inondable. La question de la scolarisation des enfants des requérants se posera aussi. Seront-ils scolarisés chez nous ou à Illarsaz ou Vionnaz, géographiquement plus proches que le village de Vouvry?

– L’arrivée de requérants d’asile dans le voisinage déclenche souvent de vives protestations. A part la réaction de l’UDC, les esprits s’échauffent-ils?

– Reynold Rinaldi: Il faut laisser passer l’émotion et garder la raison. Nous devrons évidemment veiller à ce qu’il n’y ait pas trop de dégâts collatéraux, larcins, deal ou je ne sais quoi. Le canton nous a affirmé que les requérants qui seraient placés ici ne sont pas des NEM (non-entrée en matière), qui recèlent une forte population de délinquants, mais au contraire des gens qui s’engagent à collaborer et à s’intégrer dans l’attente d’une décision sur leur sort. Les autorités cantonales, qui nous ont balancé une patate chaude, nous font-elles croire qu’elle n’est pas si chaude que ça? C’est à voir. Le projet prévoit tout de même un programme d’occupation dans l’arboriculture. C’est une bonne chose. Cela évitera les réactions émotionnelles du genre: «Les requérants ne font rien, ils vivent de notre argent et volent en plus nos pommes et nos poires.» Il faut dire aussi que le site des Barges est à l’extérieur du village ce qui rassure certains.

– Vouvry a connu une recrudescence de petit vandalisme ces derniers temps. La population est-elle inquiète?

– Nous avons effectivement dû faire face à quelques problèmes d’incivilités de la part de jeunes entre quinze et seize ans qui se regroupent à certains endroits, taguent des murs, brisent des vitres et font du deal selon certains voisins. Il y a des étrangers parmi ces jeunes, mais il y a aussi des Suisses. Nous devons travailler avec la police pour rétablir la situation. La police intercommunale du Haut-Lac a fait l’objet d’un audit récemment. Il a été reconnu qu’il faut insister sur le rôle de police de proximité. A mon avis, il faut aussi veiller à ne pas laisser de côté la répression. Nous devons rester vigilants sans faire de catastrophisme. Il y a quarante-huit nationalités qui vivent à Vouvry, les étrangers représentent 25% de la population et ça se passe bien.