Etudiante à l’Université de Neuchâtel, j’ai fait connaissance avec des travaux du sociologue Jean-Pierre Fragnière. Directrice de la HETSL, j’ai eu la chance de faire connaissance avec l’homme. Il s’exprimait volontiers sur la diversité et la saveur des étapes de son parcours de vie. Cohabitant avec la maladie longue, il n’hésitait pas, dans la proximité du CHUV, à faire le détour par la Haute Ecole de travail social et de la santé et à me livrer sa liste de souhaits et de projets. A l’instar de Monique et Claude Pahud, fondateurs de la haute école et pionniers en matière de professionnalisation des métiers du social et de la santé, il considérait que le partage et la solidarité s’imposent comme des éléments fertilisants vitaux du terreau de la cohésion sociale.

Avec tendresse, je me souviens qu’il me proposait diplomatiquement dans un courriel de «risquer une suggestion». En fait, il consolidait avec une remarquable et remarquée persévérance, possiblement avec un brin d’obstination, une véritable stratégie en vue d’atteindre son objectif. Il partageait un constat et, tout aussitôt, formulait une idée pour répondre à ce qu’il considérait comme un inachèvement. Jean-Pierre Fragnière était fidèle à son insatiable volonté de renforcer les liens entre les générations et la reconnaissance de leurs impatiences respectives. Dans cet élan, il souhaitait affiner l’image de la retraite chez ses collègues en activité et mobiliser l’intérêt des étudiant·es pour entretenir un patrimoine de connaissances qu’il redoutait de voir sous-sollicité. Jean-Pierre ne se contentait pas de donner une impulsion; il attendait une initiative concrète et aspirait à y consacrer quelques «énergies résiduelles», comme il les nommait. J’ai en tête le plaisir qu’il a montré en vernissant en novembre 2018 son livre Générations solidaires écrit avec Philippe Gnaegi. Aucune trace d’énergie résiduelle, uniquement l’envie et le besoin de transmettre…

Désormais, Jean-Pierre Fragnière a osé la mort.

Le conseil de fondation de la HETSL et la direction emmenée par Alessandro Pelizzari ont appris avec une profonde tristesse son décès. Engagé par Claude Pahud, Jean-Pierre Fragnière a accompli un brillant parcours universitaire en se consacrant aux questions de politique sociale, de pauvreté, liées à la migration, à la vieillesse et aux relations intergénérationnelles. Professeur honoraire, il a œuvré toute sa vie au développement des connaissances et de la recherche dans des domaines qui le passionnaient, proches du travail social et de l’ergothérapie. Pionnier dans ses champs d’expertise, enseignant brillant, doté d’une grande ouverture d’esprit, organisateur infatigable, Jean-Pierre Fragnière a accompagné avec une immense générosité plusieurs générations d’étudiant·es, de chercheur·es, de professeur·es et de collègues dans la réussite de leurs parcours, toujours au service des populations fragilisées.

Avec un clin d’œil reconnaissant, je lui emprunte le titre de son hommage. Nos sentiments d’affectueuse compassion accompagnent sa famille, ses proches, ses ami·es.