L'information fait l'effet d'une bombe au sein des Services psychiatriques du Jura bernois: un médecin assistant âgé de 44 ans, originaire d'ex-Yougoslavie, engagé le 1er novembre 2000 à la clinique de Bellelay, aurait produit de faux certificats universitaires. «C'est pourtant une personne très intelligente et très compétente, qui n'a pas suscité le moindre soupçon depuis plus de trois ans dans l'exercice de la pratique médicale», explique le directeur d'exploitation de la clinique, Jean-Joseph Desbœufs.

S'était annoncé malade lundi matin, l'homme est en fuite depuis lors et recherché par les autorités d'enquête bernoises. L'affaire a été déclenchée par une dénonciation anonyme à la police, «mais apparemment pas de la part de patients ni de collègues qui l'appréciaient», précise Jean-Joseph Desbœufs. «Des soupçons faisant état d'un exercice illégal de la médecine se sont dernièrement focalisés sur un employé du Service psychiatrique du Jura bernois», confirme le juge d'instruction. La Direction de la Santé publique bernoise a enquêté auprès de l'université dans laquelle le praticien dit avoir étudié, découvrant que, «selon toute vraisemblance, il n'y a pas suivi d'études» et que «les diplômes produits lors de son engagement ne semblent pas avoir été établis par la Faculté de médecine de cette institution».

La direction de la clinique psychiatrique de Bellelay ne s'est doutée de rien durant plus de trois ans. «Le titre présenté à l'engagement provenait d'une université connue, disposant bien d'une Faculté de médecine, note le directeur d'exploitation. Rien ne permettait de douter de l'authenticité d'un document présentant des sceaux officiels.» Et, a priori, durant trois ans, l'homme a donné pleine satisfaction. «Les médecins assistants sont encadrés de très près chez nous, reprend Jean-Joseph Desbœufs. Nous tenons à la qualité reconnue de nos soins et à celle de la formation de nos médecins assistants, de niveau universitaire.»

Incrédulité

Jean-Joseph Desboeufs ne peut cacher une certaine incrédulité, louant les «connaissances médicales» du présumé faux psychiatre. «Tout le monde, ici, est très peiné», dit-il encore.

L'affaire de Bellelay rappelle celle de la clinique de Préfargier, dans le canton de Neuchâtel. En été 2002, un faux médecin africain sans diplôme était parvenu à se faire engager. Mais après trois jours, ses lacunes avaient éclaté au grand jour (LT du 11.09.2002). Ces affaires mettent en évidence deux phénomènes: la pénurie de psychiatres dans les régions périphériques et la difficulté d'authentifier les certificats présentés par les nombreux médecins étrangers qu'il faut alors embaucher.