Blanc et blanc cassé. Habillées de façon presque identique (un signe?), Micheline Calmy-Rey et Catherine Colonna, ministre déléguée française aux Affaires européennes, ont qualifié leurs entretiens de lundi de «cordiaux et fructueux». Et les liens entre Berne et Paris de «très étroits» et «confiants». Elles ont notamment passé en revue la question de l'élargissement de l'UE, sa capacité d'absorption de nouveaux membres et le problème de la mise en œuvre des réformes annoncées. Et ont évoqué la politique européenne de la Suisse ou encore le développement de l'agglomération franco-valdo-genevoise et le renforcement de la Genève internationale. Catherine Colonna a par ailleurs, dans le joli cadre de la Maison de Watteville, précisé que Jacques Chirac recevra son homologue suisse Moritz Leuenberger en septembre. A l'issue du tête-à-tête, la ministre a répondu très rapidement aux questions des journalistes, avant de filer visiter une usine à La Chaux-de-Fonds.

Le Temps: Dans son rapport «Europe 2006», le Conseil fédéral privilégie la voie bilatérale et souligne que l'adhésion à l'UE n'est plus un but stratégique. Etes-vous déçue?

Catherine Colonna: Pas du tout. Nous respectons toujours le choix de nos partenaires et en particulier le choix fait par la Suisse de progresser sur un chemin bilatéral. Ce que nous constatons avec beaucoup de plaisir, c'est que ce rapport met en évidence les bénéfices de cette approche. Donc peut-être qu'il y a aussi à l'avenir des réflexions à conduire pour renforcer nos relations, avec des accords bilatéraux dans d'autres secteurs et ensuite peut-être avec un accord-cadre. Sans compter d'autres évolutions futures. Mais là, je vais peut-être trop loin...

- Que vous inspire l'idée d'un accord-cadre qui regrouperait tous les accords bilatéraux?

- Nous devons d'abord voir ce que compte faire la Suisse. La voie choisie aujourd'hui est celle du pragmatisme: on répond aux besoins des uns et des autres lorsqu'ils se présentent, et c'est ce regard que nous conservons pour l'instant. (Micheline Calmy-Rey intervient: «L'éventualité d'un tel accord fait actuellement l'objet d'une analyse par des experts à Bruxelles. Pour nous, il aurait le mérite de faciliter la gestion, très lourde, des dix-huit accords bilatéraux et de leurs différentes commissions et sous-commissions.»)

- Quel intérêt l'UE a-t-elle par exemple à signer un accord de libre-échange avec la Suisse dans le domaine agricole?

- Nous avons évoqué plusieurs sujets, l'agriculture en fait partie, mais aussi l'énergie dont nous avons parlé de façon détaillée avec Micheline Calmy-Rey. Beaucoup de secteurs peuvent être identifiés comme des secteurs où l'Union et la Suisse ont intérêt à trouver un cadre à leurs relations. Il y a un mandat pour progresser du côté du gouvernement helvétique; il y a maintenant pour la Commission européenne et les Etats membres de l'UE à regarder dans le détail ce qui peut être fait pour progresser en vue d'un accord, sujet par sujet. Je crois que cela reste une bonne démarche.

- On a très longtemps eu l'impression que la Suisse pouvait compter sur la France et sur l'Allemagne pour expliquer sa position aux autres membres de l'UE. Ce n'est plus le cas. Pourquoi?- (Sur le ton de la boutade)Mais parce que cette politique est tellement limpide qu'elle parle d'elle-même, tout va bien! Non, vous savez, je crois qu'il n'y a vraiment pas de réserves ou de malentendu entre les pays de l'UE et la Suisse. Votre pays a fait un choix souverain en 1992, tout le monde le respecte. Nous recherchons depuis des modes de coopération différents qui fonctionnent bien et qui sont probablement appelés à se développer. Donc regardons plutôt cette perspective et cette dynamique.

- La Suisse devra vraisemblablement voter sur son fameux milliard de l'aide à la cohésion de l'UE. Comment réagirait l'UE en cas de refus?

- Ne comptez pas sur moi pour interférer de quelque manière que ce soit dans les choix souverains faits par les Suisses! Je le dis très sérieusement, car il est légitime que des citoyens débattent des grandes orientations de leur politique, la politique européenne n'échappant pas à cette bonne règle démocratique. Donc laissons les Suisses avoir ce débat. Du côté des Européens, nous constatons une réalité qui est à la fois géographique, économique, politique et humaine. La Suisse se situe au cœur du continent européen, bénéficie aussi des progrès de la construction européenne, mais c'est aux Suisses de se déterminer.

- Autre ombre au tableau des relations Suisse-UE, la querelle autour de la concurrence fiscale entre les cantons...

-Oui, ce sont des sujets dont nous parlons toujours très ouvertement. Mais vous savez, d'une façon générale, ces questions d'harmonisations fiscales sont particulièrement complexes. Et je sais de quoi je parle car la question se pose aussi au sein de l'UE où nous espérons progresser. Mais il faut quelques semaines pour ça.

- Que diriez-vous aux Suisses pour qu'ils aient un regard un peu plus positif vis-à-vis de l'UE?

- Que c'est une œuvre sans précédent qui a été accomplie en cinquante ans, qui nous a apporté la paix sur un continent qui a été ravagé par les guerres génération après génération, la démocratie alors que nous étions encore coupés en deux il y a une quinzaine d'années, un cadre pour le développement économique et social. C'est une œuvre de raison et qui rapproche les hommes. C'est un magnifique message et c'est une réussite.