«AGenève, on ne distingue pas facilement les étrangers des Suisses. Et pourtant, il y a un froid qui se voit, les gens fuient les autres, le contact n'est pas facile. Mais quand on arrive à entrer en relation, on se rend compte que les stéréotypes sur les Suisses ne sont pas fondés. Pour ma part, j'ai perdu peu à peu mon complexe d'être Noir en Occident; j'ai appris à oser poser des questions. Les comportements incongrus à nos yeux d'Africains, comme ces hommes en complet veston qui mangent un sandwich dans la rue, ne m'étonnent plus. Mais j'ai gardé certains traits de ma culture. Dire bonjour aux gens avec qui s'établit un contact visuel, par exemple. Accéder au marché du travail avec nos compétences est très difficile. J'aimerais faire passer dans les médias mon point de vue d'homme du Sud sur la pédophilie ou la montée de l'extrême droite. C'est difficile. Ayant étudié la politique suisse à l'IUED, je sais que la migration est un thème qui permet aux politiciens de se situer. Mais les statistiques n'ont pas de sens! Il n'existe pas d'appellation «Suisse d'origine étrangère», heureusement, mais si elle existait, on constaterait combien les Suisses de souche sont rares. Les acteurs politiques doivent prendre position sur le pourcentage d'étrangers souhaitable pour la stabilité économique, pas sur des statistiques.»