Le Conseil fédéral ne veut pas entendre parler d’une loi qui li­miterait la carrière des ministres sortants et des hauts cadres de l’administration. Il rejette les propositions d’une commission parlementaire qui souhaiterait au contraire mettre des garde-fous afin d’éviter les conflits d’intérêts.

Le débat est né après le départ de Moritz Leuenberger du Conseil fédéral. Sa nomination en tant qu’administrateur du grand constructeur Implenia a suscité des ­remous sous la coupole fédérale. Mais il n’y a pas que lui. Après avoir quitté le gouvernement, Joseph Deiss est entré dans le conseil d’administration du groupe laitier Emmi. Et Kaspar Villiger a été nommé président du conseil d’administration d’UBS.

La Commission des institutions politiques du Conseil national propose d’instituer un délai de carence de deux ans avant que conseillers fédéraux et hauts cadres ne puissent accepter un mandat ou une activité.

Le Conseil fédéral considère que ce projet ne vise que quelques cas. Il note que les dispositions proposées ne prévoient pas de compensations financières et que le recrutement de cadres en serait rendu d’autant plus difficile. Enfin, il craint qu’une telle mesure ne fasse qu’exposer le gouvernement à une suspicion généralisée.

Le parlement tranchera. Président de la Commission des institutions politiques du Conseil des Etats, Robert Cramer (Vert/GE) a assez peu d’espoir de voir cette loi aboutir. «Car la question rejaillira sur l’Assemblée fédérale. Si l’on veut mettre des limites aux activités des conseillers fédéraux sortants pour éviter les conflits d’intérêts, ne doit-on pas aussi se demander si les parlementaires peuvent voter et s’exprimer sur les sujets dès lors que leurs propres intérêts financiers sont concernés?» s’interroge-t-il. Pour le conseiller aux Etats, il faudrait avoir le courage d’aborder la question dans sa globalité. «Et personne n’en a vraiment envie», conclut-il.