Villes

«Il y a une vraie identité de la banlieue genevoise»

René Longet administre depuis deux mois la commune de Vernier, la sixième ville romande, en remplacement de Thierry Apothéloz, porté au Conseil d’Etat. Pour l’ancien maire socialiste d’Onex, ce serait très bénéfique que chaque élu fasse un stage dans une commune voisine durant son mandat

Depuis le 1er juin, René Longet est de nouveau membre d’un exécutif. Curieusement, il ne réside pas dans la commune qu’il dirige. C’est que le Conseil d’Etat a désigné l’ancien maire d’Onex (1999-2011) administrateur délégué à Vernier. A la suite de l’élection cantonale de Thierry Apothéloz, René Longet doit gérer son dicastère et épauler le Vert Yvan Rochat et le libéral Pierre Ronget, comme le veut la loi sur l’administration des communes. Sa mission prendra fin le 12 octobre, jour où les Verniolans éliront un successeur à Thierry Apothéloz, voire trois semaines plus tard, en cas de second tour.

Né en 1951, René Longet a été le benjamin du Grand Conseil où il a siégé cinq législatures non consécutives entre 1973 et 2001, a été conseiller national (1982-1991) et a dirigé le Parti socialiste de 2008 à 2012. Bref, sa vie est faite de politique. Après deux mois dans cette fonction inédite, l’administrateur tire un premier bilan.

Le Temps: Quel est votre rôle au sein de l’exécutif de Vernier?

René Longet: Ma lettre de mission indique que je dois gérer les affaires courantes. Je n’ai pas de légitimité électorale et n’ai pas à entreprendre de nouvelles actions. Mais j’apporte mon regard personnel, nourri de mon expérience à Onex. Ma contribution aura des conséquences sur le budget, et donc sur toute l’année 2019. Je suis très content d’être de nouveau immergé dans les affaires communales. Cela me rappelle de beaux souvenirs.

Que connaissiez-vous de la commune?

Depuis Onex, j’ai toujours considéré Vernier comme le grand frère de l’autre côté du Rhône, avec deux fois plus d’habitants et bien plus d’emplois. Je les enviais d’avoir plus de moyens, 110 millions de budget, contre 50 millions environ. Maintenant que j’y ai les mains dans le cambouis, j’ai conscience que ce n’est pas si facile! Vernier est dans un processus d’économies, les rentrées de ces dernières années ayant été plus modestes que prévu. Et les prévisions fiscales pour 2019 ne sont pas des meilleures.

Mais travailler à optimiser ne m’a jamais fait peur. La préconisation est d’arriver à un budget équilibré, mais cela ne signifie pas qu’il doit être identique à celui de 2018. Ne pas pouvoir augmenter les dépenses ne signifie pas arrêter de les optimiser, au contraire, et j’incite donc les responsables de services à identifier ce qu’on peut revoir à la baisse sans dommage et à dire aussi ce qu’ils estiment devoir être développé.

Lire aussi: La Suisse et le monde | Le blog de René Longet

Qu’y avez-vous découvert?

Un état d’esprit stimulant, fait d’écoute de la population et de pragmatisme dans la réponse. Prenez le développement urbanistique. Toutes les communes périurbaines se sont densifiées massivement, dans les années 60 à 70, à partir de petits villages, qui sont aujourd’hui les témoins de l’ancien mode de vie. Certaines ont voulu créer un centre de toutes pièces pour remédier à cette fragmentation. Meyrin a essayé avec le Forum. Carouge a ses tours à côté de la ville historique.

A Vernier, plutôt que de construire un centre à grands frais, on a à l’inverse assumé qu’il n’en existait pas et valorisé les différents quartiers. La politique des contrats de quartiers en est une bonne expression. En permettant aux habitants de déposer et de gérer des projets qui les concernent directement, ils voient qu’ils peuvent faire bouger les choses dans leur environnement direct. Ce projet, comme celui des correspondants de nuit, ou de la mise en relation des demandeurs d’emploi et des entreprises locales, est exemplaire de la créativité communale de Vernier.

La cohésion sociale n’y est pas soutenue seulement par des prestations qui viennent d’en haut. En retour de l’aide qui leur est attribuée, beaucoup de gens peuvent ensuite donner de leur temps à la communauté. Le tissu social se renforce aussi ainsi. La commune est en même temps la tête et l’un des nombreux éléments d’un réseau. Je pressentais cela depuis Onex. Je découvre une approche à la fois systématique et très évolutive.

Vernier est faite de quartiers anciens et de parties très récentes. Comment distinguez-vous les besoins des différents citoyens?

Il y a des ratios quasi mathématiques, liés à la population des quartiers. Mais après il faut avoir les moyens d’y répondre: malgré un gros investissement communal pour la petite enfance, il reste une importante liste d’attente. Et la typologie fine des nouveaux besoins est difficile à établir. Une chose me frappe: les quartiers sont séparés les uns des autres, chacun ayant une identité spécifique. Les routes font césure, les espaces verts sont des zones tampons. Malgré cela, les habitants ressentent clairement qu’ils font partie d’un ensemble, de quelque chose de plus grand, la deuxième ville du canton, la sixième de Suisse romande, avec ses 35 000 habitants, juste entre Neuchâtel et Fribourg. Vernier est faite de cet équilibre entre unité et diversité.

Le canton a réformé ses rapports avec les 45 communes. Comme membre du conseil administratif de Vernier puis comme président de l’Association des communes genevoises, Thierry Apothéloz s’était positionné face à l’Etat. Le ressentez-vous, à votre poste d’administrateur?

Les grandes communes suburbaines ont une typologie propre et doivent s’affirmer entre l’Etat et la ville de Genève, qui compte 40% de la population. Cette couronne de 11 villes autour du centre dépasse la population de la ville de Genève. Il y a une vraie identité de la banlieue genevoise. Ces territoires se sont massivement densifiés voici quelques décennies et une nouvelle vague est en cours. La tâche de leurs élus est désormais d’organiser le développement qualitatif. Les magistrats ressentent le besoin de tirer tous à la même corde, même s’ils ne sont pas du même parti. A ces deux cercles que sont la ville et les communes suburbaines s’ajoute un troisième, fait de la trentaine de communes rurales à l’habitat dispersé. Il faut même en considérer un quatrième: les 400 000 personnes vivant dans la zone de pendularité de l’autre côté de la frontière…

Votre expérience à Vernier est-elle transposable?

Remplir ce rôle m’a paru naturel dès le premier jour, bien que j’aie quitté le conseil administratif d’Onex il y a sept ans. Tous les édiles devraient d’ailleurs faire une fois dans leur législature un stage de six mois dans une autre commune. Ce serait très bénéfique en termes d’échange de bonnes pratiques et ne poserait que peu de difficultés d’organisation!

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