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Yannick Buttet incarne une aile du PDC catholique et conservatrice qui plaît non seulement en Valais, mais aussi sur le plan national.
© ANTHONY ANEX/KEYSTONE

Harcèlement sexuel

Yannick Buttet, la chute de l’enfant prodige du PDC

Yannick Buttet se met en congé maladie et s’accroche à son siège de conseiller national. Mais il aura du mal à rebondir

Pris dans la tempête déclenchée par la plainte de son ex-amante, suivie des témoignages de plusieurs élues à Berne révélant un «comportement inadéquat», Yannick Buttet tente de limiter les dégâts. Ce lundi matin, il a démissionné de la vice-présidence du PDC suisse, avant d’annoncer son retrait provisoire du Conseil national, qui doit lui permettre de suivre un traitement médical pour maîtriser sa consommation d’alcool. Il espère donc revenir siéger sous la Coupole dès que possible.

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Un espoir peu réaliste. «La crédibilité politique de Yannick Buttet est définitivement ruinée», relève une élue PDC sous la Coupole. Après les révélations du Temps, le Valaisan s’est attaché les services de l’avocat zurichois Andreas Meili avant d’adopter une ligne de défense qui n’a même pas tenu le temps d’un week-end. «Je suis peut-être un gros lourd, mais pas un harceleur», avait-il déclaré vendredi 1er décembre.

L’irrésistible ascension

Deux jours plus tard, Le Matin Dimanche a révélé son comportement lors de la soirée du 20 septembre – date de l’élection d’Ignazio Cassis au Conseil fédéral – lors de laquelle il a importuné non seulement Céline Amaudruz (UDC/GE), mais aussi Barbara Steinemann (UDC/ZH) et Sibel Arslan (Verte/BS). C’est la goutte qui a fait déborder le vase.

Selon toute vraisemblance, c’est la chute de l’enfant prodige du PDC valaisan, qui ne pourra guère rebondir. Lorsqu’il arrive au Conseil national en 2011, le président de Collombey-Muraz est encore dans l’ombre du président du parti, Christophe Darbellay. Il y a l’élève et son maître dans la députation valaisanne. Un an plus tard déjà, les rôles ne sont plus aussi clairs. Alors que le second, incapable d’arrêter la chute du parti aux élections fédérales, subit le feu nourri des critiques, le premier s’émancipe vite, au point que certains le voient au Conseil d’Etat valaisan à la place du maître.

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Il incarne une aile du PDC catholique et conservatrice qui plaît non seulement en Valais, mais aussi sur le plan national. Dans ses discours, il réitère son attachement aux valeurs chrétiennes de son parti: oui à la famille traditionnelle, qu’il idéalise à l’extrême, non à l’adoption d’un enfant par un couple homosexuel, même s’il rejette toute homophobie.

Un langage clair

A Berne, Yannick Buttet s’attache à redorer le blason du Valais après les défaites enregistrées sur la Lex Weber et sur la loi sur l’aménagement du territoire. Avec Jean-René Fournier, il propose d’organiser une session spéciale des Chambres en Valais pour contrer le désamour de la Suisse pour son canton.

Sa force, c’est la clarté de son langage. Lieutenant-colonel à l’armée et même vice-président de la Société suisse des officiers, il défend bien sûr l’institution, mais non sans critiquer férocement la gestion du dossier de l’achat des avions de chasse Gripen par le conseiller fédéral Ueli Maurer. Partisan de la Stratégie énergétique 2050, il se bat pour inclure la grande hydraulique parmi les énergies renouvelables soutenues. Un succès pour le Valais.

En 2016, le nouveau président du parti, Gerhard Pfister, qui incarne les mêmes valeurs chrétiennes, le voit d’un bon œil accéder à la vice-présidence. Le PDC tient sa «shooting star», qui n’a même pas 40 ans. A Berne, certains savent pourtant qu’il mène une double vie et qu’il a déjà une relation hors mariage. «A l’époque, il était déjà un risque pour le PDC», reconnaît aujourd’hui l’une de ses collègues. Dix-huit mois plus tard, la fusée Buttet, qui paraissait si bien sur orbite, a explosé en vol.

Une double vie connue

Ce lundi, Yannick Buttet n’a même pas tenté de s’expliquer devant la présidence du PDC, qui avait agendé une séance extraordinaire de crise. Celle-ci a pris note de ses dernières décisions, soit de démissionner définitivement de la vice-présidence du parti d’une part, et de se mettre en congé maladie d’autre part pour se soigner de ses problèmes d’alcool.

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Sa stratégie est claire: Yannick Buttet veut laisser passer l’orage pour revenir dès que possible à Berne. Dans son parti, personne ne veut s’exprimer sur cette demi-mesure qui ne convainc personne. Sur son mur Facebook, Claude Béglé (PDC/VD) exprime le malaise général face à «une faille comportementale ou de caractère». «Cette affaire ternit la crédibilité des institutions», avoue-t-il, avant de souhaiter que son collègue «reste parmi nous».

Ce malaise était aussi perceptible au sein de la présidence du PDC, qui certes a très vite condamné le «comportement inacceptable» de Yannick Buttet dès jeudi matin 30 novembre, mais sans parvenir à obtenir sa démission du Conseil national aussi. Ainsi, Yannick Buttet n’est plus digne de siéger dans les instances dirigeantes du parti, mais il peut encore représenter le Valais au Conseil national.

Dossier
L'affaire Yannick Buttet

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