Les dernières accusations de harcèlement envers le démocrate-chrétien Yannick Buttet ne resteront pas sans suite. Laude-Camille Chanton, la femme à l'origine de ces accusations, a déposé une plainte pénale contre l'ancien conseiller national en date du 29 septembre. La présidente libérale-radicale du parlement de Monthey accuse Yannick Buttet d'attouchements à caractère sexuel et de paroles grossières.

Me Pierre-Xavier Luciani, l'avocat de la plaignante, a confirmé le dépôt de cette plainte à nos confrères du média lematin.ch. Les faits remontent à la fin juillet. Laude-Camille Chanton et Yannick Buttet sont attablés, avec plusieurs autres personnes, à la terrasse d'un établissement montheysan. Selon l'élue PLR, le président de Collombey-Muraz a tenu des propos déplacés à son encontre et, malgré «ses remontrances», a passé à plusieurs reprises ses mains «sur son dos, son cou et ses cuisses». «Mal à l’aise», Laude-Camille Chanton a fini par quitter la table.

Ces explications, elle les donne le 1er août dans les colonnes du Nouvelliste. Si elle a décidé de témoigner c'est pour, dit-elle, «briser la loi du silence». Les mots sont forts: «Il ne regarde pas une femme comme un séducteur, mais comme un prédateur. C’est très dérangeant.» Depuis, la jeune femme est en arrêt maladie. «C’est une histoire qui m’affecte. Je maintiens tout ce que j’ai dit», glisse-t-elle.

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Deux versions diamétralement opposées

La version de Yannick Buttet est diamétralement opposée. S'il reconnait que la soirée était arrosée, il estime que les échanges étaient «cordiaux, variés et sympathiques». «Je n’ai pas constaté, probablement à tort, que j’ai été si insistant ou qu’elle aurait voulu que je la laisse seule à table», détaillait-il alors. Aujourd'hui il précise: «Fin juillet, j’ai fait l’erreur d’aller sur cette terrasse. J’ai eu la faiblesse de partir en piste. À midi, j’avais déjà eu un long repas avec trois homologues du Chablais. J’ai peut-être été trop proche avec elle, c’est quelqu’un que je ne connais pas. Mais je n’ai pas le souvenir de gestes déplacés. Je regrette cette situation pour tout le monde.» A la justice désormais de trancher entre ces deux versions.

Cette nouvelle accusation de harcèlement a mis un point final à la carrière politique du démocrate-chrétien. Alors qu'il devait se présenter à sa propre succession à la tête de la commune de Collombey-Muraz, il annonce son retrait de la vie publique, pour la fin de l'année, quarante-huit heures seulement après la médiatisation de cette affaire. Et quelques heures après un communiqué de presse de son parti, le PDC du Valais romand, qui lui sommait, entre les lignes, de prendre cette décision.

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Des promesses non tenues

«En bons chrétiens, lorsque quelqu’un pèche, on lui donne une deuxième chance», soulignait alors Pascal Knubel, le président du PDC de Collombey-Muraz. Deux oui, mais pas trois. D'autant plus que le principal intéressé avait promis qu'on ne l'y reprendrait plus, lors de son retour sur la scène politique au printemps 2018, après un arrêt maladie de deux mois.

Car Yannick Buttet avait déjà été accusé de harcèlement, en 2017. A la suite de révélations du Temps, l'affaire qui porte son nom éclate au grand jour. Une ex-amante avait porté plainte contre lui, alors que plusieurs femmes et élues fédérales dénonçaient ses gestes déplacés. La plainte pénale débouchera sur une condamnation à 30 jours-amendes avec sursis notamment pour contrainte et appropriation illégitime. Les accusations de harcèlement le pousseront, près de vingt jours après les premières révélations, et après de nouveaux témoignages, à démissionner de son poste de vice-président du PDC Suisse, mais surtout celui de conseiller national.

Des espoirs de retour douchés

Un poste que le Collombeyrou s'imaginait volontiers, il y a quelques mois encore, retrouver dans un avenir plus ou moins proche. «J’ai toujours envie de défendre les Valaisannes et les Valaisans. Je me sens prêt à me mettre à disposition de la population, de ma commune, de mon canton et de mon pays. Durant la période difficile que j’ai traversée, j’ai fait le point et il en ressort un élément: je ne perdrai jamais le goût de la chose publique», déclarait-il, mi-janvier, à nos confrères de Rhône FM.

La carrière politique de Yannick Buttet prendra fin le 31 décembre prochain, en même temps que l'actuelle législature. «J’ai bien d’autres projets. Je suis prêt à passer à autre chose. Je me sens zen». Mais difficile de tourner la page à l'aune de cette nouvelle plainte pénale.