Harcèlement

Avec Yannick Buttet, le Valais perd une voix à Berne

Plusieurs dossiers souffriront de l’absence temporaire voulue par l’élu accusé de harcèlement. Son siège au Conseil national restera vacant le temps d’une cure. A Collombey-Muraz, le vice-président le remplace à titre intérimaire

A l’autre bout du téléphone, toutes les voix trahissent de l’émotion. Politicien professionnel, Yannick Buttet quitte temporairement tous ses mandats électifs à la suite des accusations de harcèlement qui pèsent sur lui. Selon le courriel de son avocat Andreas Meili, déjà mandaté par Dominique Giroud et Christophe Darbellay ces dernières années, il est désormais «inscrit comme malade» et suit une cure: «Tant qu’il ne sera pas guéri, il n’exercera pas ses fonctions de conseiller national et de président de commune.»

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Jusqu’ici, Yannick Buttet était pressenti pour briguer un siège au Conseil des Etats en 2019. Pour le président du PDC du Valais romand, Serge Métrailler, «son retrait temporaire n’est qu’une étape dans un long processus pour lequel nous n’avons pas fixé d’objectif à long terme». Interrogé sur les conséquences de l’absence du parlementaire, il insiste: «Dans l’immédiat, il y aura un siège vacant au Conseil national et ce sera dommageable pour des dossiers politiques importants, mais pour l’instant, je pense surtout aux victimes de cette affaire.»

Alpes, barrages, Tamoil

Pour le conseiller national Mathias Reynard, Valaisan et socialiste, «c’est une voix de moins en commission et en plénum, et c’est une situation problématique pour le Valais qui perd un lobbyiste à Berne». Membre de la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie, Yannick Buttet passe pour l’un des plus influents défenseurs des cantons alpins dans l’épineux dossier des barrages et de l’énergie hydroélectrique. En cas d’hypothétique retour, il pourrait être inaudible pour ses pairs.

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En Valais, cette disparition provisoire en forme de demi-mesure ne convainc pas vraiment les différentes formations politiques. L’UDC et le Parti socialiste persistent à exiger sa démission. Pour le coprésident de l’UDC du Valais romand, Jérôme Desmeules, «il n’a plus de crédibilité dans ses fonctions politiques, et ni son exercice de communication ni le temps n’y changeront quelque chose».

S’il devait finalement démissionner, Yannick Buttet serait remplacé par Benjamin Roduit, troisième de la liste des démocrates-chrétiens romands en 2015.

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A la tête de la commune de Collombey-Muraz et de ses 8800 habitants depuis 2013, Yannick Buttet reste un spécialiste du dossier de l’ancienne raffinerie Tamoil, toujours à l’abandon. Le vice-président socialiste Olivier Turin assumera ses fonctions à titre intérimaire. «Je ne m’attendais pas à le suppléer dans pareilles circonstances», explique-t-il. Le fonctionnement du Conseil municipal privé de son président sera débattu ce jeudi: «L’administration fonctionne comme une entreprise et même sans son chef, ses employés peuvent assurer les affaires courantes.»

Ironie de cette triste histoire, Yannick Buttet préside depuis octobre dernier la Fondation Rives du Rhône, bien connue en Valais, et qui offre une prise en charge ambulatoire ou résidentielle aux personnes qui souffrent d’addiction et qui visent un rétablissement complet. Le conseil de fondation se réunira ce mardi en séance ordinaire.

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