Le groupe de Yéménites arrêtés en janvier dernier à Bienne lors d'une opération de police spectaculaire est soupçonné d'avoir hébergé chez lui au moins un terroriste présumé appartenant à la mouvance fondamentaliste islamiste, a appris Le Temps de source bien informée. Sept hommes sont toujours détenus dans le cadre de cette procédure menée par le Ministère public de la Confédération, qui vise à démanteler des réseaux suisses de soutien à Al-Qaida, l'organisation d'Oussama Ben Laden.

Selon une personne connaissant le dossier, des membres de la famille yéménite F. sont également accusés d'avoir organisé des voyages clandestins d'entrée et de sortie en Suisse pour d'autres militants islamistes qui seraient mêlés à des activités terroristes. Leurs rencontres avec ces militants auraient eu lieu dans une mosquée de Bienne.

«Frères de religion»

Un avocat de la famille F., qui ne souhaite pas être nommé, explique que l'hébergement d'islamistes étrangers par ses clients était motivé par le désir d'aider des «frères de religion»: «Ils ont rencontré dans le milieu islamique des gens qui n'avaient pas de logement. Pour eux, il était normal de les aider. Pouvaient-ils, devaient-ils savoir que ces gens seraient un jour accusés de terrorisme?» Contacté par Le Temps, un membre de la famille F. précise que les parents des personnes emprisonnées n'ont reçu «aucune information» sur les accusations portées par les autorités suisses: «Ils sont soupçonnés de contacts avec Al-Qaida, on ne sait rien de plus.»

Le père de famille, qui est aussi le principal suspect, est actuellement détenu dans des conditions de sécurité strictes. Il ne reçoit pas de visites, hormis celles, épisodiques, de sa femme. Selon ses proches, il est venu demander l'asile politique en Suisse il y a cinq ans après avoir «eu des problèmes avec la police» au Yémen. Il aurait fréquenté dans ce pays des personnes aujourd'hui considérées comme proches d'Al-Qaida: des «relations de jeunesse», selon son avocat, qu'il aurait ensuite perdues de vue. L'été dernier, il a reçu un appel téléphonique d'un membre présumé d'Al-Qaida aujourd'hui détenu au Qatar, que son avocat décrit comme «son voisin» au Yémen. Le nom de ce militant n'a pas été divulgué.

Pour l'avocat de la famille F., ces éléments sont insuffisants pour maintenir ses clients en détention. «Les reproches demeurent extrêmement vagues, explique-t-il, et je vais demander leur remise en liberté dans les prochains jours.» Le Ministère public de la Confédération n'a fait aucun commentaire sur l'affaire, sinon pour signaler que ses enquêteurs «continuent à travailler». A Berne, on suggère cependant que les reproches évoqués jusqu'ici durant les interrogatoires des suspects ne représentent qu'une partie des éléments justifiant leur détention. Une libération prochaine des Yéménites arrêtés à Bienne paraît donc très improbable.