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Les «Young Global Leaders» auscultent Genève

Réinventer la ville à l’ère globale? Une vingtaine de jeunes décideurs ont lancé la réflexion mercredi dans le cadre du sommet annuel du réseau lancé par Klaus Schwab et le WEF

Les «Young Global Leaders» auscultent Genève

Développement Réinventer la ville à l’ère globale? Des jeunes décideurs ont lancé la réflexion

Prenez une brochette de jeunes décideurs venus des quatre coins du monde, enfermez-les dans une pièce et demandez-leur de réfléchir à la manière dont Genève pourrait tirer son épingle du jeu global, se différencier, devenir plus attrayante. Au terme de trois heures de brain­storming intense, ils vous diront que la ville a toutes les cartes en main, mais peine à se trouver une orientation ou un souffle nouveau, faute de brassage et de passerelles entre des secteurs de pointe qui s’ignorent superbement.

C’est le constat dressé par une vingtaine de «Young Global Leaders» (YGL’s), réunis mercredi à la Maison de la paix pour l’un des ateliers jalonnant le sommet annuel de ce réseau mondial de jeunes talents, mis sur pied en 2004 par Klaus Schwab et le Forum économique mondial. Trois heures de discussions animées par l’un de ces YGL’s , le conseiller administratif genevois Guillaume Barazzone (PDC) et par Adam Said, jeune patron de la société de capital-investissement Ace & Company.

Autour de la table, des profils aussi pointus que variés, allant du vice-premier ministre belge Alexander De Croo au patron de la Ville Economique du roi Abdallah d’Arabie saoudite, Fahd al-Rasheed, en passant par la Chinoise Lin Yang, présidente du think tank Innovation Ideas Institute.

Premier point de consensus et première bonne nouvelle pour Genève, «les participants ont tous été impressionnés par les facteurs dits «d’hygiène», note la modératrice de la discussion, Irene Tinagli, députée italienne et professeur de management à l’Université de Madrid. C’est-à-dire les services de base qui doivent être réunis pour garantir un degré minimal de satisfaction mais qui ne suffisent pas, en eux-mêmes, à rendre la ville motivante et attrayante. Il s’agit de la propreté de la ville, de la qualité des infrastructures, du système éducatif, des hôpitaux, etc.» Autant de facteurs très positivement perçus par ces observateurs externes.

Le bât blesse en revanche pour ce qui est des facteurs dits «de motivation», «ceux qui peuvent attirer les gens à Genève et les y retenir», résume Irene Tinagli. «Il est ressorti de la discussion que Genève manque cruellement de carrefours créatifs, d’endroits où un banquier peut rencontrer un artiste ou un scientifique», illustre Adam Said. En l’absence de réels centres de vie sociale favorisant le brassage, point d’émulation, donc point de salut. «La ville envoie de toute évidence des signaux trop aseptisés, note Guillaume Barazzone. Lourdeur, ennui, manque de couleur sont des termes qui revenaient souvent.»

Pistes pour l’avenir

Un inventaire négatif auquel s’ajoute un cadre réglementaire globalement perçu comme étouffant et un écosystème économique qui ne serait pas de nature à séduire les jeunes entrepreneurs: coût du travail élevé, tracasseries administratives, immobilier et terrains trop chers, etc.

Au-delà de la photographie, les jeunes décideurs ont lancé des pistes pour l’avenir. Créer des zones d’activités dédiées et les facilités réglementaires qui vont avec, sonder régulièrement la population pour déterminer ses besoins et ses frustrations, réinjecter de la vie sociale, identifier clairement qui l’on aimerait attirer, développer le partenariat public/privé: pour les participants, les pistes sont nombreuses pour casser un fonctionnement en silo jugé infertile. «Il y a tout à Genève, ont remarqué les YGL’s. Un centre financier et de négoce, des multinationales, des organisations internationales et non gouvernementales. Ils ne comprennent pas pourquoi ces gens ne se parlent pas, conclut Guillaume Barazzone. Par exemple, pour profiler Genève dans des secteurs comme la microfinance, la finance durable ou d’impact. Ils ont raison.»

Pas de quoi désespérer, rassure Irene Tinagli: «Genève n’a pas de gros problèmes. Elle s’est peut-être juste un peu endormie sur ses lauriers.» Mais la balle est dans son camp: «A l’ère globale, les villes sont devenues les vrais moteurs de la croissance, assure l’Italienne. Ce sont elles, davantage que les Etats, qui ont désormais les cartes en main.»

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