Neuchâtel

Yvan Perrin, la rédemption par le sommeil

L'ancien conseiller national et conseiller d'Etat UDC neuchâtelois avait été contraint à la démission en juin 2014, épuisé et débordé. Il réapparaît près de dix-huit mois plus tard, requinqué parce qu'il a retrouvé le sommeil. Il se voit agir dans l'ombre d'élus UDC

Sur le pas de porte de la maison familiale où il vit seul à La Côte-aux-Fées et où il reçoit, la poignée de main est chaleureuse et vigoureuse. C’est un autre homme que celui qui avait disparu de la scène publique, en juin 2014. Avec quelques kilos en plus, Yvan Perrin revit. L’ex-conseiller national UDC neuchâtelois (2003-2013), devenu conseiller d’Etat pour seulement treize mois est réapparu sur les réseaux sociaux et, en chair et en os la semaine dernière, à Pully, lors de l’investiture de Guy Parmelin à la candidature au Conseil fédéral.

Yvan Perrin a besoin de parler, de dire son calvaire. Lorsqu’il fut brièvement ministre puis durant son «tour de Suisse des cliniques», selon sa formule.

«Ce fut une énorme dégringolade, une déchéance physique et intellectuelle»

Retour au 11 juin 2014, treize mois après l’élection d’Yvan Perrin au Conseil d’Etat, premier ministre UDC neuchâtelois. «J’ai envoyé un texto à mes collègues du gouvernement pour leur dire que j’étais H.S. La nuit blanche de trop. Tout s’est alors arrêté. Ce fut une énorme dégringolade, une déchéance physique et intellectuelle», confie Yvan Perrin. Il est admis dans la clinique privée lémanique où il a déjà passé plus d’un mois, en mars 2014, pour y soigner ce qui était décrit comme une fragilité psychologique. «J’ai naïvement cru que j’étais retapé.»

Il faudra plus d’une année pour comprendre le mal de l’ex-ministre et trouver comment le soigner. «J’ai eu beau insister pour dire que l’alcool n’était qu’un symptôme d’un autre mal, l’impossibilité de dormir, on ne m’a pas vraiment écouté. Quand je rentrais chez moi, il ne fallait pas plus de 2 ou 3 jours sans sommeil pour que je prenne la seule chose qui me permettait de dormir: du whisky. Avec, à chaque fois, la spirale infernale. Je buvais, je dormais un peu, je n’avais aucune envie de me lever, aucun goût à rien.» Yvan Perrin a effectué cinq séjours en cliniques, à Nyon, Yverdon, puis dans son canton, à Marin. Il sera même admis sous un nom d’emprunt, histoire de le préserver. «J’avais proposé Jonas Furrer. Un des premiers conseillers fédéraux.» Les traitements sont d’autant moins efficaces que l’homme qui fêtera son 49e anniversaire le 9 décembre, lorsque devrait être élu un deuxième UDC au Conseil fédéral, est pharmaco-résistant. «Malgré l’Antabuse, je pouvais boire de l’alcool sans rien ressentir.»

Jusqu’au jour où on lui prescrit une dose «supérieure» de Trittico, «un antidépresseur qui fait dormir, dit-il. Je me suis endormi et, ô surprise, je me suis réveillé après le lever du soleil. Depuis près de deux mois, je redors. Tout va beaucoup mieux. Je n’ai plus bu une goutte d’alcool.»

«J’ai été victime de mon secrétaire général»

Yvan Perrin sait aussi pourquoi son état s’est dégradé. Ce n’est pas, comme on le soupçonnait, de la fragilité psychologique. «Certes, je suis d’un naturel bileux, introverti et timide, mais je n’ai pas de problème psychique, quand je peux dormir.» Il a perdu le sommeil dès les premières semaines de son mandat de conseiller d’Etat. La tâche était énorme, il devait tout apprendre. «Je crois que j’y serais parvenu, ce d’autant que j’ai obtenu le département dont je rêvais. J’ai été victime de mon secrétaire général, qui terrorisait le département. Il devait être mon bras droit, et j’ai dû constituer un dossier à charge contre celui qui devait m’épauler. J’étais sur des charbons ardents permanents.» Yvan Perrin a engagé la procédure de licenciement, qui a abouti. Mais le ministre avait déjà craqué. «Il me reste de la colère», dit-il.

Yvan Perrin a-t-il commis l’erreur de s’isoler, de ne pas s’entourer suffisamment alors qu’il était ministre? «J’avais constitué une petite équipe d’horizons divers qui me conseillait, à laquelle je pouvais me confier. Elle m’a été d’un grand secours, ce d’autant que j’ai pu encore m’appuyer sur elle durant mes quatorze mois de cirage et de traversée du tunnel. Le pré-requis était qu’elle reste discrète, ce qui a été le cas. Voilà pourquoi on a cru que j’étais isolé.»

Yvan Perrin est donc un autre homme. Lorsqu’il était un élu insomniaque qui se réfugiait dans l’alcool, il peinait à se confier, à s’exprimer librement, à faire confiance. Là, c’est devenu un moulin à paroles.

«J’ai retrouvé mon intérêt pour la politique»

Au fond du salon, il a laissé la télévision enclenchée, parce que l’ancien policier qu’il fut durant 22 ans suit minute par minute les événements à Paris. «Je m’applique à me retaper et j’ai retrouvé mon intérêt pour la politique. Je lis beaucoup, des livres d’histoire qui sont ma passion. J’effectue de grandes balades, je vais reprendre le sport.» Yvan Perrin ose la formule, «oui, je me sens vraiment mieux», comme s’il s’était longtemps menti en affirmant qu’il allait bien, par le passé.

Celui qui fut garde-frontières à ses débuts et qui a créé l’UDC neuchâteloise en 2001 se félicite d’avoir été fourmi lorsqu’il cumulait son activité d’inspecteur des stups et de parlementaire fédéral. Ce qui lui a donné les moyens de se soigner. «J’avais mis de l’argent de côté, au cas où.» Il prévoit de reprendre son métier de conseiller en dispositifs de sécurité, en indépendant. «En mars-avril 2016, je vais laisser passer l’hiver.»

Yvan Perrin a donc retrouvé goût à la politique. Il aimerait se mettre à disposition de l’UDC, plus forcément pour des mandats électifs, mais «dans l’ombre. Je m’y sens plus à l’aise.» Il se voit assister des élus qui solliciteraient ses connaissances et son expérience, ou qui ont besoin d’un rédacteur de discours.

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