Yverdon-les-Bains est devenue tendance. En anglais, «the place to be». La ville thermale aimante les foules lémaniques ainsi que les ressortissants et les entreprises d’autres cantons et d’autres pays. Les plus enthousiastes parlent de «renaissance». Une vie nouvelle habite la campagne en vue des élections communales du 13 mars prochain.

Une coalition de socialistes et de Verts, formée malgré quelques bisbilles récentes autour de la taxe poubelle, et les libéraux-radicaux se disputent l’exécutif. C’est un bras de fer traditionnel. Le retrait pour des raisons professionnelles en 2009 de Rémy Jaquier, syndic depuis 2001, a ouvert la voie au socialiste Daniel von Siebenthal. Dans la foulée, la gauche a repris les rênes de la ville.

Le départ de Rémy Jaquier, très populaire, pénalise la droite. Deux sortants et deux néophytes partent cependant à l’assaut de la gauche qui répond avec cinq candidats; trois roses et deux écologistes. La tentation est très forte d’imposer un 5 à 2 au PLR, sinon à toute la droite, en partie divisée.

La municipalité suscite également la convoitise d’une poignée d’outsiders. Toutefois, seul Maximilien Bernhard, de l’Union démocratique fédérale (UDF), semble capable de jouer le trouble-fête. Le député a été le champion romand de l’initiative contre les minarets.

Une population plus «bobo»

Les deux fronts se partagent à parts égales le parlement communal: 51 pour la gauche dont fait partie aussi Solidarité et Ecologie ­ (mélange de popistes et d’indépendants sur le déclin), et 49 pour la droite qui rassemble PLR, UDF et UDC. Tout le monde aspire à se renforcer, histoire de dégager une majorité claire. L’UDC – plutôt modérée, jure son chef de file Alain Willommet – va exploiter le succès populaire sur les caméras de surveillance destinées à sécuriser la gare CFF. Les nouveaux venus du Mouvement Citoyens vaudois forceront les portes du législatif sur la vague des exploits électoraux de leur grand frère genevois. Les Verts libéraux, alliés de l’UDF et du PDC, chercheront à décrocher leurs premiers strapontins.

Yverdon, 28 000 âmes et 33% d’étrangers, deuxième ville du canton, s’urbanise définitivement. Le Prix Wakker 2009 a consacré cette métamorphose. La population change. Elle est devenue plus citadine, plus «bobo», plaisante Cesla Amarelle, députée yverdonnoise dans les rangs socialistes. Chassée de l’Arc lémanique, la classe moyenne colonise les rives du lac de Neuchâtel. Cinq à sept mille résidents supplémentaires vont se presser aux portes de la place Pestalozzi d’ici à 2025.

Le marché du travail a aussi évolué. La crise industrielle des années 1990 a plongé la ville dans le désarroi. Yverdon s’en relève depuis quelques années. L’exposition nationale de 2002 a sonné l’heure du réveil. Les nouvelles technologies, la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion, des PME en masse électrisent le tissu économique local. Le brasseur de bière Boxer a remplacé l’eau minérale Arkina, délocalisée aux Grisons. La ville affiche quelque 12 000 emplois. On table sur 20 00 places de travail dans dix ans.

La dette s’amenuise (175 millions). Les investissements ont repris. Un quartier pour 3000 résidents et 1500 places de travail, où pourrait surgir une maison d’étudiants, voire un musée (de la mode à défaut des beaux-arts?), émerge entre la gare CFF et le lac. Un projet d’agglomération, malgré quelques hésitations, prend forme. Bref, Yverdon décolle.

Le spectre de la cité-dortoir

La gouvernance de cette période faste devient primordiale. Personne ne veut que la croissance sombre dans la spéculation. On cherche à conjurer le spectre d’une cité-dortoir pour les pendulaires, envahie de milliers de véhicules. Tout l’enjeu électoral est là. Les programmes politiques des partis esquissent alors des projets urbains en guise de mode d’emploi pour le futur.

La gauche se tourne vers les besoins des «nouvelles populations». Pour Pierre Dessmontet, président du groupe socialiste au parlement communal, il faut s’engager généreusement à leur égard avec des logements abordables, l’accueil des ­enfants, sans perdre de vue l’intégration des jeunes et des étrangers. Les Verts prêchent la mixité et le multifonctionnel. Marianne Savary, candidate écologiste à la municipalité, vante l’intégration de l’emploi avec l’habitat, du commerce et de la mobilité douce, de l’artisanat et des technologies de pointe.

A droite, le PLR, tout comme l’UDF, insiste sur la complémentarité et le sens de la mesure. Les voitures ne sont pas les ennemies des transports publics. Les parkings doivent être enterrés, sous la place de la gare CFF par exemple. Il faudra que le trafic de transit contourne la ville sans que le vieux bourg soit verrouillé aux dépens des commerçants, explique Gloria Capt, en lice pour l’exécutif. Les investissements vont de pair avec des finances équilibrées. Finalement, pour le centre droit, l’intégration des étrangers n’est pas une exclusivité de la gauche, l’écologie n’est pas le jardin des Verts et la sécurité n’est pas l’apanage de l’UDC, qui veut surtout s’occuper des aînés.