A priori, ce n'est pas à Yverdon que l'on imaginait l'ouverture du prochain centre pour réfugiés du Kosovo dans le canton de Vaud: la ville compte déjà un fort taux de requérants (4,7% de sa population) et de nombreuses communautés étrangères (7000 étrangers établis sur 23 000 habitants). Son centre culturel serbe est par ailleurs l'un des plus actifs du canton. Autre particularité: les requérants d'asile d'Yverdon, souvent au bénéfice du regroupement familial, sont dispersés dans la ville et échappent pour certains à l'encadrement de la fondation d'aide aux réfugiés (Fareas) chargée de l'accueil et de l'hébergement. Mais face à l'afflux, l'Etat de Vaud dit ne plus avoir le choix. D'abord écartée, la solution yverdonnoise a été choisie parce les locaux ne sont pas en sous-sol. Dès le 15 août, un centre de premier accueil s'ouvrira pour 120 réfugiés – essentiellement des familles du Kosovo – dans les anciennes casernes au centre-ville, propriétés du canton inoccupées depuis fin 1998. Auparavant, les anciennes casernes avaient accueilli le Centre d'entraînement tactique de l'armée.

Si le centre d'accueil d'Yverdon est revenu en tête de liste des ouvertures, c'est aussi parce que les tentatives pour une meilleure répartition des requérants dans le canton (La Côte est une région épargnée) n'ont pas encore abouti. Deux hôtels modulaires de 100 places devraient être installés entre Nyon et Aubonne.

L'ouverture du centre ne ravit pas le syndic socialiste d'Yverdon, Olivier Kernen: «Ce n'est pas de gaieté de cœur que l'on concrétise l'accueil pour les réfugiés. Yverdon a fait sa part dans ce domaine. Si la municipalité est entrée en matière, c'est pour des questions humanitaires. Ces gens-là méritent qu'on les accueille.» Yverdon a obtenu d'une part, que la Fareas stoppe ses recherches de locaux sur la commune et d'autre part que l'Etat mette tout en œuvre pour une meilleure répartition géographique des requérants dans le canton. A l'évidence, le syndic craint les réactions de rejet de ses habitants: «Heureusement, elles ne se manifestent que par des propos dans la rue. Mais quand je vois que la presse locale présente le même jour l'ouverture du centre et la recrudescence de la délinquance à Yverdon, je veux anticiper les amalgames hâtifs.» L'opération a mal commencé: jeudi dernier, alors que l'accord entre la municipalité et l'Etat n'était pas encore signé, la Fareas aménageait déjà les locaux. Le responsable a adressé ses excuses pour cette maladresse.