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Yverdon, où le syndic a perdu son plaisir

Démission surprise du syndic de la seconde ville vaudoise, le socialiste Daniel de Siebenthal. Un choix très personnel qui ouvre une élection disputée

Le syndic se représentera-t-il aux élections communales du printemps 2016? La question qui commençait de tourmenter la vie politique d’Yverdon-les-Bains a trouvé une réponse plus rapide et plus brutale que prévu: le socialiste Daniel de Siebenthal, à la tête de la ville vaudoise depuis 2009, a annoncé jeudi soir au Conseil communal qu’il démissionnerait au 31 décembre prochain.

«C’est une question de plaisir. Quand ce capital plaisir s’érode, il faut en tirer les conséquences», a expliqué le politicien en donnant les raisons toutes personnelles qui l’ont amené à cette décision. «L’appel du large a été le plus fort, a-t-il encore dit. A 54 ans, j’ai senti dans mon ventre que ce que je pouvais faire d’autre était désormais plus important.» «J’ai pensé à moi, seulement à moi, a-t-il concédé, après avoir servi 17 ans à la municipalité.» Daniel von Siebenthal a assuré qu’il partait sans projet précis mais sans amertume, qu’il ne fuyait pas non plus le climat politique tendu de la deuxième ville vaudoise, l’ayant «toujours trouvé stimulant pour défendre mes idées».

Répondant vendredi aux questions de la presse, Daniel von Siebenthal n’en a pas moins dénoncé une droite «obnubilée par la circulation automobile et les places de parc» et dont il serait devenu le «bouc émissaire».

Dans la réflexion solitaire qui l’a poussé au départ, le syndic a évoqué un événement important: la mort tragique du chef du Service des finances. Ce fonctionnaire, sur lequel l’élu pouvait beaucoup s’appuyer, s’est en effet suicidé il y a quelques mois.

Né en 1960, Daniel von Siebenthal a été élu à la municipalité d’Yverdon en 1998. Il a assuré pendant dix ans la direction des écoles, avant d’accéder en 2008 à la syndicature – et au dicastère des Finances – lors de l’élection complémentaire qui a suivi la démission de son prédécesseur PLR, Rémy Jaquier. Pour Daniel von Siebenthal, c’était un nouveau départ, après une période où sa lassitude faisait déjà jaser. Pour la municipalité, c’était le retour d’une majorité de gauche, dans une ville que les deux camps se disputent âprement et au coude-à-coude. Actuellement, au Conseil communal, la gauche plurielle occupe très exactement cinquante sièges sur cent.

Cette ville coupée en deux aborde ainsi une bataille électorale anticipée. Le Parti socialiste se réunira le 29 septembre pour arrêter une candidature, l’élection complémentaire devant se tenir vraisemblablement le 30 novembre, jour où l’on votera aussi sur l’initiative Ecopop et sur l’avenir des forfaits fiscaux.

A ce stade, les partenaires verts et rouges ne devraient pas contester le siège socialiste. Pierre Dessemontet, géographe et président du PS yverdonnois dont il représente la nouvelle génération universitaire, figure parmi les papables. Mais la droite, malgré l’effet de surprise, ne devrait pas rater l’occasion de chercher à reprendre le terrain perdu lors de la précédente échéance. L’actuel municipal de la Police, Jean-Daniel Carrard, est le nom qui revient le plus fréquemment.

En pointant les raisons de son départ, Daniel von Siebenthal a aussi évoqué le poids d’être le seul à plein-temps au sein de l’exécutif municipal. Même si seuls deux d’entre eux conservent un emploi professionnel, les postes des autres magistrats sont tous à temps partiel. Ce mode de fonctionnement est l’un des vestiges qui continuent de rattacher Yverdon à son ancien statut de bourgade, alors que la deuxième ville vaudoise connaît un développement spectaculaire. De 23 000 habitants en 1998, elle a passé aujourd’hui à près de 30 000. Elle compte 13 300 emplois. La concrétisation de politiques municipales à la hauteur de cette croissance, c’est tout l’enjeu de la prochaine syndicature.

Géographe de métier, Daniel von Siebenthal a manifesté beaucoup d’intérêt pour les politiques d’aménagement, de mobilité et d’agglomération, mais c’est aussi là qu’il a rencontré le plus de difficultés. Les communes périphériques se dressent contre le centre et, à fin 2012, la population a voté pour une route de contournement, désavouant le syndic et sa majorité.

En une décennie, Yverdon aura connu quatre syndics, les démissions prématurées de Daniel von Siebenthal et de Rémy Jaquier ayant suivi de près la non-réélection d’Olivier Kernen, le syndic d’Ex­po.02. Avis aux amateurs.

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