Un hommage silencieux et improvisé a été rendu lundi soir à Yverdon-les-Bains aux deux victimes de l’attentat de Nice domiciliées dans la ville vaudoise: Cristina, 31 ans, et l’une de ses trois filles, Kayla, 6 ans. Le décès de la maman, portée disparue depuis le drame, avait été confirmé le matin même, après une très longue attente.

La place Pestalozzi, bordée par l’hôtel de ville, le temple et le château, est le lieu traditionnel des rassemblements yverdonnois. Le rendez-vous avait été donné devant l’église. A l’heure dite, les participants approchent, discrets, silencieux. Une centaine de personnes peut-être. On dépose sur les marches bouquets, bougies et peluches autour d’un drapeau du Brésil, le pays d’origine de la maman.

Lire aussi: Boris Cyrulnik, «L’angoisse collective est légitime»

Certains connaissent les victimes, d’autres pas. «Nous tenions à être là pour montrer que cela nous touche», explique une dame. Les autorités d’Yverdon tout en ayant veillé à l’encadrement du rassemblement, ne sont pas représentées. «Nous laissons la place aux habitants», a expliqué la municipalité. Il n’y aura du reste aucune prise de parole.

Un rassemblement pour «canaliser cette solidarité contre l’impuissance»

Sur la place, quelques dames brésiliennes sont en pleurs. La communauté du Brésil compte 156 ressortissants à Yverdon, sans compter les doubles nationaux. Cristina était arrivée en Suisse vers l’âge de 12 ans, avec sa sœur et sa mère. Elle a fait une partie de sa scolarité à Yverdon, ainsi qu’une formation de coiffeuse. C’est là qu’elle a rencontré son compagnon, de nationalité suisse, père au foyer selon ses proches, qui lui a donné trois filles. Kayla était l’aînée. Les cadettes, rescapées de la tuerie, ont 4 ans et 7 mois. La famille a vécu longtemps dans le quartier populaire de La Villette, où la petite Kayla était scolarisée depuis deux ans.

Des parents proches encore à Nice

Les parents les plus proches sont encore à Nice. C’est le cas de la grand-maman, Inès, dont les efforts pour avoir des nouvelles de Cristina ont beaucoup ému et ont été relayés dans les médias brésiliens. Elle travaille comme aide-soignante dans le Nord vaudois pour une organisation de soins à domicile et ceux qui la connaissent évoquent sa grande ferveur religieuse. Un frère de Cristina, domicilié à Orbe, n’avait pu être informé de l’hommage à venir. Ne fallait-il pas attendre pour organiser ce rassemblement? Certains internautes posent la question.

L’initiative du rendez-vous revient à Aurélie Hofer, administratrice d’un groupe Facebook intitulé «T’es d’Yverdon si…». «J’ai perçu que ce drame suscitait beaucoup d’émotion parmi nos membres, que des gens voulaient organiser différentes choses en divers endroits, il m’a semblé utile de canaliser cette solidarité contre l’impuissance», explique la jeune femme. Ce groupe Facebook connaît un grand succès depuis quelques mois, au point de dépasser les 7000 membres dans une ville de 30 000 habitants. Destiné à l’origine à regrouper des souvenirs sur Yverdon, il est devenu un espace de communication sur le quotidien de la seconde ville vaudoise. Modératrice «à plein-temps» depuis le drame, Aurélie Hofer s’est trouvée face à la difficulté de gérer rumeurs, informations et images, en particulier tant que les faits n’étaient pas officiellement établis.


Nos derniers articles sur l’attentat de Nice