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Image d'illustration. L'entrée du Tribunal d'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois en juin 2012.
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT

procès

A Yverdon, un père incestueux écope de 18 ans de prison ferme

Le père accusé d’avoir abusé de l’une de ses filles a été condamné ce jeudi. Pour son silence, la mère est frappée de 36 mois, avec un sursis de 30 mois. En parallèle, le Conseil d'Etat a lancé une enquête pour savoir si la gestion du dossier de la famille a souffert de manquements

L'homme qui a abusé de ses enfants durant 12 ans a notamment été reconnu coupable d'actes d'ordre sexuel avec des enfants, de contrainte sexuelle, de viol, de pornographie et de lésions corporelles. Il a été condamné à 18 ans de prison ferme par le Tribunal d'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois. La lecture de jugement s'est tenue jeudi à Yverdon-les-Bains.

L'épouse fermait les yeux

Son épouse, également sur le banc des accusés pour avoir fermé les yeux sur ce qui se passait dans leur maison, pour avoir failli à son devoir d'éducation envers leurs enfants et pour les avoir battus, a été sanctionnée par 36 mois de prison. La peine est assortie d'un sursis partiel de 30 mois.

Les huit enfants du couple, nés entre 1996 et 2014, ont régulièrement été frappés dès leur plus jeune âge par leurs parents. Puis le père de famille, qui battait et violait déjà sa femme, a commencé à commettre des actes d'ordre sexuel sur sa fille aînée lorsqu'elle avait huit ans. Elle a subi des abus réguliers dans la maison familiale, décrite comme un lieu insalubre. Sa sœur cadette et ses frères n'ont pas non plus été épargnés.

«Une chape de plomb»

L'homme a nié les accusations et tenté de faire passer ses enfants pour des menteurs. «Il a prétendu être un père aimant alors que c'est un tyran», a lancé le président du Tribunal Donovan Tesaury. «Il a manoeuvré pour instaurer une chape de plomb qui lui a permis d'échapper à la justice pendant des années.»

Le père a créé dans sa famille une «bulle protectrice où tout lui était permis». Il a assouvi ses pulsions sexuelles ou de violence, quand bien même il était capable de reconnaître ce qui est licite ou pas. «Il s'arroge le droit de posséder le corps de ses enfants», a soutenu le président.

Une mère consciente de la situation

La mère a quant à elle pris conscience de la situation. Elle a admis, en partie, ses actes et reconnu que les enfants disaient la vérité après avoir «failli gravement aux devoirs d'une mère en méprisant la sécurité de ses enfants».

Alors que «l'inceste était une réalité dans cette famille», comme l'a déclaré Donovan Tesaury, les enfants manquaient également d'hygiène, de soins médicaux et avaient un comportement sexuel perturbé.

Ils ont été maltraités, souffraient de carences affectives, de troubles de socialisation et du langage ou encore de problèmes d'alimentation. Et ce, malgré l'intervention du Service de protection de la jeunesse (SPJ) et la mise en place d'une curatelle d'assistance éducative pour tous les enfants dès 1997.

Culpabilité extrêmement lourde

Le couple bénéficie d'une diminution de responsabilité. Elle est légère pour le mari dont la culpabilité est jugée «extrêmement lourde» et moyenne pour la femme, dont le délai d'épreuve est de trois ans.

Ils se voient interdits d'exécuter une activité les mettant en relation avec des mineurs durant dix ans et doivent, à eux deux, plusieurs centaines de milliers de francs à leurs huit enfants pour réparation de tort moral.


Le Conseil d'Etat confie une enquête à Claude Rouiller

Le Conseil d'Etat vaudois veut savoir si la gestion du dossier de la famille a souffert de manquements. Il a chargé l'ancien président du Tribunal fédéral, Claude Rouiller, de mener l'enquête.

Le Conseil d'Etat s'interroge «sur les raisons pour lesquelles l'ensemble du système mis en place n'a pas permis de détecter plus tôt la gravité des crimes commis et a échoué à les prévenir», indique jeudi le communiqué de l'exécutif.

Secret de fonction levé

Le gouvernement ne juge pas approprié de lancer une enquête interne visant un service en particulier. Il privilégie «une enquête externe, indépendante». Pour faciliter la tâche de Claude Rouiller, le secret de fonction, respectivement le secret médical pour le personnel médical, a été levé. L'ancien juge prévoit de rendre son rapport fin septembre.

Le communiqué est tombé peu après l'annonce du verdict prononcé à Yverdon-les-Bains.

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