Yverdon, «cité de l'eau». Ses bains, son lac, son eau minérale. Oui, mais jusqu'au début de l'année prochaine seulement pour cette dernière. Dans la «capitale» du Nord vaudois, la décision de Feldschlösschen de fermer le site de production de l'eau minérale Arkina pour rapatrier la marque dans les Grisons, à Rhäzüns (LT du 21.11.2007), est un véritable tremblement de terre.

Concrètement, cela signifie que les bouteilles Arkina seront désormais produites dans les Grisons grâce à une source non encore utilisée. Conséquence: la mention de la cité thermale vaudoise disparaîtra définitivement des étiquettes des bouteilles d'Arkina, 85 ans après la création de la marque à Yverdon-les-Bains. La source des Menhirs se voit, elle, purement et simplement fermée.

Le syndic de la ville, le radical Rémy Jaquier, enrage: «Les Yverdonnois sont sous le choc, il faudra plusieurs jours pour vraiment réaliser la nouvelle. Pour ma part, je ne peux tout simplement pas l'admettre, nous nous devons de réagir», clame-t-il. Est-ce sous l'effet de la colère qu'il imagine déjà la renaissance de la source condamnée sous une nouvelle appellation? Apparemment pas. Un groupe de travail d'urgence va être mis en place et, aujourd'hui même, la Municipalité d'Yverdon doit se pencher sur les premières mesures à prendre. Objectif avoué: maintenir la source, «élément fondamental du patrimoine yverdonnois».

Le Centre thermal comme sauveur?

Les pistes conduisent, dans un premier temps, aux fameux bains. Le Centre thermal est en effet géré par une société anonyme, détenue en majorité par la Ville d'Yverdon. Les bains pourraient ainsi renouer avec leur histoire, eux qui ne faisaient qu'un avec Arkina jusqu'en 1959. Rémy Jaquier imagine volontiers un partenariat privé-public pour relancer une nouvelle marque d'eau minérale qui porterait encore la mention de sa ville et dont le nom reste évidemment à trouver. Le radical évoque également d'autres partenaires potentiels comme par exemple l'Association pour le développement du Nord vaudois (ADNV).

Feldschlösschen «ouvert» à une utilisation du site

Mais de son côté, la société Feldschlösschen est-elle prête à vendre la source des Menhirs ainsi que les installations existantes à un futur concurrent? «C'est une bonne question», répond de manière sibylline Markus Werner, porte-parole de Feldschlösschen. Renseignements pris auprès de sa direction, il rajoute: «Nous n'avons pas encore discuté de ces questions en détail car notre priorité est mise sur la délocalisation et sur les employés (ndlr.: 18 personnes sont concernées par la fermeture du site d'Yverdon). Mais nous sommes ouverts à toutes formes d'utilisation raisonnable du site, pour lequel un plan de développement est actuellement en cours.»

S'estimant «déçu» de la manière dont il appris la nouvelle, lundi soir seulement, le syndic d'Yverdon dit vouloir prendre contact avec Feldschlösschen pour évoquer l'avenir du site. De son côté, le brasseur répond que «la délocalisation de l'embouteillage est une décision d'entreprise qui a pour but de sauvegarder la compétitivité de Feldschlösschen dans le secteur des eaux minérales. La veille du jour de la communication interne et externe nous avons personnellement informé le syndic d'Yverdon pour lui expliquer nos motifs», indique Markus Werner.

C'est dès le mois de mars de l'année prochaine que l'embouteillage de toutes les eaux minérales du groupe Feldschlösschen (Arkina, Rhäzünser et Swissalpina pour Coop) se fera sur le site de production de Rhäzüns. Les employés d'Yverdon se verront proposer des places à Fribourg ou à Givisiez (FR) alors que ceux âgés dès 59 ans pour les femmes et 60 ans pour les hommes bénéficieront d'une retraite anticipée.

L'annonce de la délocalisation d'Arkina, nom donné en 1921 par le fondateur de la société, l'arménien Puzant Masraff, intervient moins de trois mois après la reprise de la marque Henniez, située dans la Broye vaudoise, par Nestlé.