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Yves Bouvier: une ascension fulgurante dans le monde de l’art

En quelques années, Yves Bouvier est devenu l’empereur des ports francs à travers le monde, et plus encore

Une ascension fulgurante dans le monde de l’art

Visionnaire et entrepreneur de génie, Yves Bouvier est une personnalité incontournable du monde de l’art et de son florissant marché.

Patron de Natural Le Coultre, la société familiale dont il a pris les ­rênes en 1997 et qui n’était alors qu’une entreprise généraliste de transport et de déménagement, le Genevois de 52 ans règne aujour­d’hui sur un empire. Composée de plusieurs sociétés en Suisse et à l’étranger – Natural Le Coultre, Fine Art Logistics NLC, Fine Arts Transport NLC ou encore la holding Euroasia Investment – la galaxie Yves Bouvier n’en finit pas de s’étendre. Son coup de génie? Avoir concentré son activité sur le marché de l’art et les nombreux services qui vont avec.

C’est aux Ports francs de Genève, gigantesque territoiretaxes et droits de douane sont en suspens, dont il louait déjà une partie des entrepôts, qu’il a eu l’idée de «faire venir les métiers de l’art vers les œuvres, plutôt que l’inverse», résumait-il il y a une année dans Le Temps . Transport et entreposage d’abord, puis encadrement, restauration, photographie, expertise, salles d’exposition: Natural Le Coultre et ses partenaires ont concentré sur place tous les métiers et services dont les collectionneurs et autres marchands d’art peuvent avoir besoin.

Singapour, Luxembourg, Pékin…

Fort de son succès, Yves Bouvier entreprend dès 2005 d’exporter son modèle d’affaires. Première étape de son expansion: Singapour et le tarmac de son aéroport. Après avoir levé quelque 80 millions de francs en s’associant notamment à d’autres entrepreneurs genevois, il y inaugure en 2010 un port franc ultramoderne de 30 000 m2. Cette fois, Yves Bouvier n’est plus simplement transitaire ou locataire: il est désormais copropriétaire et exploitant des lieux. Et il ne s’arrête pas là: un deuxième port franc de 22 000 m2 ouvre ses portes sur le même modèle en septembre 2014, sur le tarmac de l’aéroport de Luxembourg. A Pékin, Yves Bouvier collabore encore avec une société gouvernementale en vue de l’ouverture, prévue pour cette année, d’un immense «Beijing Freeport of Culture». A Shanghai, enfin, un projet similaire est à l’étude.

«Depuis 2008, les gens ont diversifié leurs actifs et font de moins en moins confiance aux actions et aux obligations, expliquait Yves Bouvier au Temps . Mais ce qui a facilité notre essor, c’est que quand quelqu’un commence à collectionner, il devient vite accro. Les développements des foires artistiques en témoignent: avant, il y en avait trois par an. Aujourd’hui, plus de 200. C’est devenu une vraie industrie.»

Directeur du programme de master «Art Market Studies» à l’Université de Zurich, Nicolas Galley confirme: «On le sait, lorsque, en 2008, les marchés se sont écroulés, les gens ont cherché de nouveaux vecteurs d’investissement et se sont alors tournés vers ce qu’on appelle les SWAG (Silver, Wine, Art, Gold), l’argent, les vins, l’art et l’or. La montée en puissance des ports francs découle en partie de l’engouement des investisseurs pour les œuvres d’art, des pièces qu’ils stockent dans ce type d’entrepôts sous douane, ce qui leur évite de payer la TVA.»

Cet engouement expliquerait qu’Yves Bouvier ait décidé d’ajouter une corde à son arc, analyse un expert du marché: «En étant à la tête de Natural Le Coultre, Yves Bouvier a accès à un nombre important d’informations capitales pour le marché de l’art. Il sait à qui il livre un Picasso, il connaît les mouvements d’œuvres d’art, qui cherche à acquérir quoi et quand. Il possède également un carnet d’adresses important chez les collectionneurs d’art, marchands et autres acteurs du secteur. Il est alors tentant de jouer les intermédiaires dans des transactions mettant en jeu des sommes de plusieurs centaines de millions. Les conflits d’intérêts sont alors évidents. »

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