Le conseiller national radical vaudois Yves Christen doit être élu aujourd'hui à Berne à la présidence du Nomes, le nouveau mouvement européen suisse, bien à la peine depuis la débâcle de l'initiative «Oui à l'Europe». Une élection qui coïncide avec une embellie inespérée, pour une organisation encore au fond du trou au début de l'année.

Le Temps: Pourquoi avez-vous accepté de prendre la présidence du Nomes?

Yves Christen: J'ai accepté à la fin de l'année dernière, après la non-réélection de Marc Suter au Conseil national. Je trouve que ce qu'il a fait à la tête du Nomes a été admirable et c'est par amitié que j'ai accepté de reprendre le flambeau, à un moment où l'organisation n'était pas au mieux de sa forme. A la fin de l'année, le Nomes vivait dans un désert médiatique et dans les frimas politiques. Il n'y avait pas beaucoup de lauriers à glaner, mais l'on n'a rien à perdre quand on est à la fin d'une carrière politique.

– La situation s'est transformée très rapidement.

– Je suis moi-même surpris par la rapidité avec laquelle le débat européen est reparti. Nous savons bien qu'il y aura encore des hauts et des bas, mais ce débat est maintenant lancé et il ne quittera plus l'actualité dans les dix années à venir.

– Cela signifie-t-il que vous n'envisagez pas une adhésion de la Suisse à l'UE avant dix ans?

– Le groupe des parlementaires proeuropéens va exiger que le rapport du Conseil fédéral sorte plus tôt qu'en 2006 ou 2007, comme il était prévu. Il suffit de compléter le rapport d'intégration de 1999. On peut fournir une analyse sérieuse des conséquences d'une adhésion pour 2005. Les négociations avec l'UE pourraient débuter en 2006 ou lors de la prochaine législature, en 2008, et elles dureront bien quatre ou cinq ans.

– Etes-vous conscient qu'un excès d'enthousiasme proeuropéen peut aujourd'hui mettre en danger l'aboutissement des bilatérales?

– Absolument. Nous devons être des euroréalistes plutôt que des euroturbos. Nous allons tout mettre en œuvre pour que les bilatérales aboutissent, sans nous mettre en travers avec des manifestations tous azimuts.

– Et si les bilatérales devaient échouer?

– Ce serait évidemment un recul et les partis devraient sortir du bois en s'exprimant sur la voie à suivre. Ils sont jusqu'ici restés très en retrait. C'est pour cela que des mouvements comme l'ASIN ont pu monter en puissance et c'est pour cela qu'il faut renforcer le Nomes.

– De quelle manière?

– En étant réalistes et en retenant les leçons de l'initiative des jeunes. Je sais que nous aurons de la peine à trouver des alliés dans les partis bourgeois. Sans rompre les liens avec les partis, nous devrons chercher des appuis dans la société civile et nous appuyer sur des réseaux économiques. Il y a beaucoup plus de dirigeants économiques qu'on ne l'imagine favorables à l'adhésion, mais ils n'osent pas le dire. Nous allons reprendre à notre compte le manifeste pour l'adhésion lancé par un groupe de personnalités et nous espérons bien obtenir 50 000 signatures. Nous allons organiser des manifestations, nous allons nous donner les moyens de répondre à des initiatives comme les libelles tous ménages de Christoph Blocher. Cela signifie que nous allons devoir aller à la recherche de fonds, développer nos capacités d'organisation, améliorer l'efficacité de notre marketing. Nous allons jouer notre rôle et faire parler de l'Europe.