L'expert: Yves Flückiger, vice-recteur de l'Université de Genève, professeur d'économie politique et spécialiste des questions d'emploi. Ses études sur le marché du travail genevois ont été prises en compte pour l'élaboration de la nouvelle loi sur le chômage.

«L'action du Conseil d'Etat en matière de lutte contre le chômage est positive à mon sens. Des expériences pilotes ont été lancées, et j'ai moi-même pris part à l'évaluation d'un programme destiné à la réinsertion des chômeurs de longue durée. Cette approche pragmatique, qui implique des essais sur un temps et un groupe de gens déterminé, permet de tester l'efficacité de certaines mesures sans que cela nécessite de grands bouleversements des pratiques en cours.

Par ailleurs, la nouvelle loi s'avère très prometteuse. Son grand avantage réside dans l'accent qu'elle met sur la réinsertion à chaque étape du parcours du chômeur, contrairement à la loi actuelle, qui privilégie un aspect strictement social avec la relance d'un deuxième délai d'indemnités par le biais des emplois temporaires. Sur un marché de l'emploi aussi compétitif que celui de Genève, la durée du chômage est encore plus stigmatisante qu'ailleurs, il est donc essentiel que les gens puissent retravailler le plus vite possible. Je salue aussi le renforcement des allocations de retour en emploi: les études que nous avons effectuées à l'Université montrent qu'elles se révèlent beaucoup plus efficaces pour réinsérer les chômeurs que les actuels emplois temporaires cantonaux. Le seul doute qui subsiste concerne les emplois de solidarité, destinés aux personnes les plus difficiles à réinsérer. Nous pourrions nous retrouver dans une situation délicate si les besoins dépassent ce que l'économie sociale et solidaire peut offrir. Cela dit, de nombreux projets existent déjà. D'autres sont prêts à démarrer. L'énergie et la créativité des personnes actives dans ce domaine fera le reste.»