«C'était le coup de foudre, j'ai su dès mon arrivée en Suisse que ce serait mon parti.» Yvette Estermann parle de son amour pour l'UDC. Cette grande femme élégante de 41 ans a un profil atypique pour une militante UDC. Native de Bratislava, dans l'ancienne Tchécoslovaquie, médecin avec une spécialisation en homéopathie, elle a été naturalisée en 1999.

La voie était ouverte pour une carrière tambour battant dans le parti de Christoph Blocher, dont elle admire la rhétorique anti-européenne. En 2005, elle fait son entrée au Grand Conseil lucernois et, en octobre dernier au Conseil national, où elle a sauvé le troisième siège de son parti. Ce soir, jeudi, les délégués de l'UDC lucernoise devraient en faire leur présidente.

Toutes les qualités

Yvette Estermann est un coup de chance pour l'UDC: femme universitaire au charme incontestable, main de fer dans un gant de velours, elle a toutes les qualités pour attirer de nouveaux membres, femmes et jeunes avant tout. Au niveau suisse, le parti a bien vu le profit qu'il pouvait tirer de ses origines et elle se retrouve aux premières lignes du combat en faveur des naturalisations par le peuple. «Ce système a fonctionné à la perfection depuis 1848, jusqu'à ce qu'en 2003, le Tribunal fédéral s'en mêle et renverse les décisions des communes», déclare-t-elle dans son allemand teinté d'un très léger accent.

Lors de la conférence de presse de lancement de la campagne, elle était la plus véhémente: «Les motifs qui poussent une personne à demander sa naturalisation sont très divers: les uns veulent vivre confortablement et si possible sans travailler; les autres veulent construire une vie meilleure dans la liberté et la démocratie.»

Les communes lucernoises sont toujours plus nombreuses à avoir mis sur pied des commissions de naturalisation qui fonctionnent à la satisfaction générale, même de leurs membres UDC. Pourquoi Yvette Estermann s'engage-t-elle pour un retour en arrière? «Ces commissions s'efforcent de bien faire leur travail, mais elles savent qu'en cas de décision négative, elles risquent un recours, alors elles préfèrent laisser passer tous les candidats pour avoir la paix.»

Procédure facilitée

L'élimination systématique des candidatures avec des consonances balkaniques, comme à Emmen, n'était pourtant pas une situation satisfaisante, elle le reconnaît. «Mais on aurait dû empoigner le problème par l'autre bout. Les autorités auraient dû se demander pourquoi leurs citoyens ne sentent plus à l'aise avec une si grande proportion d'étrangers.»

Yvette Estermann n'a pas eu à craindre le verdict des urnes. Mariée à un Suisse, elle a bénéficié de la procédure facilitée de naturalisation, du ressort de la Confédération, et n'a eu qu'à se présenter une fois au poste de police de sa commune de Kriens. Iveta Gavlasova -son nom de jeune fille - aurait-elle eu les mêmes chances? «Je ne crois pas que cela aurait fait une grande différence, j'avais mon cabinet d'homéopathe et j'étais connue.»

Yvette Estermann est même un peu déçue que l'on n'ait pas testé ses connaissances sur son pays d'adoption. Elle était prête en tout cas à chanter toutes les strophes de l'hymne national, cette preuve indispensable d'appartenance à un Etat. Une de ses premières interventions au Grand Conseil lucernois a été de demander que l'apprentissage de l'hymne suisse soit rendu obligatoire à l'école. Sans succès. Elle croit encore aux chances de sa motion qui demande que le Conseil national entonne Sur nos monts... à chaque début de session.

Lors de sa première journée sous la Coupole, elle a prêté serment en costume traditionnel lucernois. «J'ai été très bien accueillie en Suisse et j'aimerais rendre un peu de ce qui m'a été donné. En Slovaquie, j'étais aussi une patriote. C'est le premier devoir d'une citoyenne que d'aimer son pays. Beaucoup de gens nés ici ne savent plus apprécier ce qu'ils ont, notamment la démocratie directe.»

Le risque de la suradaptation

Yvette Estermann adhère aussi à toutes les thèses de l'UDC, qu'il s'agisse d'interdire les minarets, d'expulser les délinquants étrangers et leur famille - «Il faut séparer le bon grain de l'ivraie» - ou de plaider pour que les femmes redécouvrent les joies de la famille.

Sur un point, elle diverge de certains représentants de son parti. Jamais elle n'exigerait que les candidats au passeport suisse renoncent à leur nationalité d'origine. «Je suis intégrée, mais pas assimilée, c'est important de ne pas gommer ses racines, c'est un enrichissement. Je parle slovaque à mon fils. Cela serait dommage d'aller trop loin dans l'adaptation.»

Son adhésion à l'UDC n'était-elle pas le signe d'une suradaptation aux valeurs suisses? «Pas du tout. Si j'avais voulu en faire trop pour mon intégration, avec mon passé dans un pays socialiste, je me serais retrouvée au PS.»