Ils s’appellent Bob, Sylvain, Léa et Alex. Ce sont des pseudos. Plusieurs portent des perruques et pour l’une d’entre eux des lunettes de soleil, en plus des masques sanitaires. Ceci dans le but de se prémunir d’une «répression judiciaire» dont ils s’estiment victimes. Trois mois après l’évacuation par les forces de l’ordre de la colline du Mormont, les zadistes ne veulent pas lâcher la pression. Ce mercredi matin, ils tenaient une conférence de presse à Lausanne pour annoncer la plainte pénale déposée par une militante contre la police cantonale vaudoise.

Lire aussi: La ZAD du Mormont: le fil d’une longue évacuation

«Non, tout ne s’est pas bien passé le jour de l’évacuation, contrairement à la version qu’essaient d’imposer les autorités auprès du grand public, justifie l’un des zadistes. Cette version est tronquée et incomplète.» Il fait référence à la récente communication du Conseil d’Etat vaudois. Le 7 juillet, s’appuyant sur deux rapports, rédigés par la police et les observateurs neutres, le gouvernement assurait avoir agi selon ses prérogatives et dans le cadre légal. Il jugeait également l’évacuation proportionnée, faisant suite à une décision de justice.

Première ZAD de Suisse

Pour rappel, le Mormont, colline surplombant les villages de La Sarraz et d’Eclépens, a été le lieu de la première Zone à défendre (ZAD) de Suisse. Les militants avaient commencé à occuper le site en octobre 2020 afin de s’opposer au projet d’expansion de la carrière du cimentier Holcim, avant d’en être délogé le 30 mars 2021. Une opération qui pose, à leurs yeux, encore de nombreuses questions. Le cas de Léa serait ainsi emblématique.

Durant son témoignage devant la presse, la jeune femme a raconté avoir été interpellée de manière brutale par la police. Et ceci sans raison. Portant un gilet fluo, Léa avait été désignée comme «ground support», c’est-à-dire l’une des personnes devant sensibiliser la police aux questions de sécurité pour la protection des manifestants suspendus dans des arbres. Avant l’évacuation, elle a négocié sa présence directement avec des officiers de la police. Puis, elle est demeurée en retrait, en observatrice.

Notre vidéo: A la rencontre des zadistes, irréductibles militants du climat

Pourtant, au cours de l’opération, sans qu’elle ne se l’explique, Léa est arrêtée de force par six policiers. Elle est soulevée, menottée, puis jetée au sol. Après une nuit en garde à vue au centre de la police cantonale de la Blécherette, un procureur lui annonce qu’elle est accusée de violence et menaces sur agent, pour avoir lancé des cailloux sur les forces de l’ordre. «C’est entièrement faux, un mensonge, conteste-t-elle. J’étais restée dans mon rôle, pacifiste.» L’accusation sera d’ailleurs abandonnée quelques jours plus tard par la justice vaudoise.

«Cette interpellation était illicite», insiste Hüsnü Yilmaz, l’avocat de Léa, qui a déposé une plainte, le 30 juin, pour voies de fait, abus d’autorité et tentative de dénonciation calomnieuse. Il espère qu’une enquête pénale sera ouverte pour faire la lumière sur l’arrestation de sa cliente. Une procédure que Léa dit n’avoir pas lancée de manière précipitée. «J’étais venue au Mormont pour défendre une colline, et je me retrouve à déposer plainte contre la police. Emotionnellement, c’est éprouvant.»

«Climat de peur»

Plus généralement, pour les représentants des zadistes, la fausse accusation contre Léa s’inscrit dans une volonté générale de criminaliser le mouvement. Pour preuve, le profilage ADN des personnes évacuées demandé par le Ministère public vaudois. «C’est une mesure complètement disproportionnée, s’insurgent les militants. Elle ne vise qu’à instaurer un climat de peur au sein du mouvement.» Pour eux, ces procédés rappellent le scandale des fiches, à la fin des années 1980.

Les zadistes, enfin, s’appuient sur une récente décision du Tribunal fédéral qui, en juin dernier, avait jugé excessif le profilage ADN de militants du climat à Bâle-Ville, accusés d’avoir bloqué une banque. Pour les juges de Mon-Repos, la gravité des infractions ne justifiait pas une telle mesure d’identification. «On a l’impression qu’il s’agit d’une intimidation, conclut Bob. Et d’une diversion, car pendant ce temps, on ne parle pas du vrai enjeu, qui reste la défense du climat.»

Lire aussi: Récolter l’ADN de militants pour le climat était excessif, estime le Tribunal fédéral