Bruit

Zones 30: la vague atteint la Suisse romande

Alors que la Suisse alémanique a une bonne longueur d’avance, les démarches pour généraliser la limite de 30 km/h se multiplient dans les villes romandes. Des habitants de Lausanne veulent l’imposer pendant la nuit

«Près de 90% des riverains sont en faveur d’une réduction de la vitesse, tout le centre de Lausanne pourrait être théoriquement fait de zones 30», affirme Louis Dana. Ce conseiller communal socialiste est le fer de lance d’un collectif citoyen pour multiplier les zones 30 durant la nuit dans le chef-lieu vaudois et ainsi diminuer les nuisances sonores liées au trafic routier.

Il s’est inspiré de l’essai pilote de la municipalité sur les avenues Vinet et Beaulieu, dont les premiers résultats, concluants, ont été présentés au début de l’année. «Ces artères sont très bruyantes. Le fait de les limiter à 30 km/h la nuit a nettement amélioré la qualité de vie des riverains», déclare Louis Dana qui, «jaloux» de ce dispositif, se bat pour l’étendre à d’autres quartiers.

Moins cher et plus efficace

Il s’est entouré pour cela de cinq connaissances résidant dans autant de quartiers de la ville. Résultat: six pétitions dotées au total de plus de 1500 signatures, qui seront remises vendredi aux autorités municipales. «Ce qui ressort de la récolte de paraphes, c’est «Foutez-nous la paix au moins la nuit!» a ajouté lors d’une conférence de presse tenue mercredi Michel Chavanne, avocat et habitant de Chailly, dans les hauts de la ville. Mais pas question de déclarer la guerre aux automobilistes.

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Mais pourquoi ne demander des zones 30 que la nuit et non permanentes, selon un modèle déjà largement répandu outre-Sarine? Pour ne pas déclarer la guerre aux automobilistes. Le collectif est unanime sur ce point: il faut y aller pas à pas, car imposer le 30 km/h en tout temps susciterait davantage d’opposition. «C’est avant tout la nuit que le bruit est le plus pénible, avec les voitures modifiées qui circulent sous nos fenêtres alors qu’on essaie de dormir, renchérit Joachim Welte, qui habite la rue Centrale. «C’est la solution la moins chère et la plus rapide, ajoute Louis Dana. Seul l’ajout d’un panneau «30» avec l’inscription «22h-6h» est nécessaire.» S’il se concrétisait, ce système des zones 30 nocturnes serait inédit.

Une question de santé publique

«Ces pétitions seront prises en compte dans nos réflexions», assure Florence Germond, la municipale chargée de la mobilité, qui salue cette démarche citoyenne. «Créer davantage de zones 30 nocturnes répond à une réelle demande. Le bruit lié au trafic automobile est un problème de santé publique, qui cause du stress, affecte le sommeil et augmente le risque d’AVC. Dans cette optique, un revêtement phono-absorbant ne suffit pas», ajoute-t-elle.

L’exécutif lausannois présentera une série de mesures après l’été 2019, une fois connus les résultats définitifs du test, encore en cours, à Vinet et à Beaulieu. Limitation à 30 km/h la nuit sur de grands axes, nouveau revêtement, zones 30 dans certains quartiers avec rues aménagées en conséquence? Il est trop tôt pour dévoiler les endroits concernés.

Suisse romande en retard

En Suisse romande, beaucoup de localités ne sont pas en conformité avec l’Ordonnance fédérale sur la protection contre le bruit. Les autorités municipales genevoises ont annoncé en septembre leur volonté de généraliser le 30 km/h dans des quartiers ainsi que sur certains axes importants, à commencer par la Jonction. A Neuchâtel, une motion en ce sens a été massivement plébiscitée à la mi-novembre.

Alors que les cantons romands prennent sérieusement conscience de la problématique depuis peu, la Suisse alémanique a une longueur d’avance considérable. A Bâle, plus de la moitié du réseau routier urbain est limitée à 30 km/h. Dans la ville rhénane, le Tribunal fédéral a tranché au printemps en faveur de l’introduction d’une zone 30 sur un axe de transit, non loin de la gare. Les juges de Mon Repos ont conclu que la limitation à 30 km/h ne causait pas «d’inconvénients intolérables» pour la circulation routière. De quoi faire bondir le lobby des automobiles, l’Automobile club de Suisse (ACS).

Espoirs sur le Conseil des Etats

Les villes de Berne et de Zurich sont à la même enseigne. Hors chef-lieu, le canton de Berne a réduit la vitesse dans 356 zones ces dernières années, tandis que celui de Lucerne en a mis en place 234, dont des axes de transit. Dans le canton de Saint-Gall, 72 des 90 zones 30 ont été créées ces dix dernières années.

Le débat autour des zones 30 s’invite sous la Coupole fédérale. Fin novembre, le Conseil national a adopté une initiative parlementaire UDC pour que la limitation à 30 km/h sur des grands axes urbains ne soit possible que pour des raisons de sécurité, et non de nuisances sonores. Tous les espoirs du collectif lausannois reposent donc sur la Chambre des cantons, qui devrait empoigner le texte au printemps 2019.

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