Un week-end prolongé à Paris ou un séjour balnéaire sur la Côte d'Azur pour les vacances d'automne? Cette perspective s'éloigne. Le Conseil fédéral a placé vendredi – la mesure entre en vigueur à minuit dans la nuit de dimanche à lundi – la quasi-totalité de la France sur la liste des zones à risque. Les personnes qui auront séjourné dans cette partie de l'Hexagone ou dans les territoires d'outre-mer devront se mettre dix jours en quarantaine à leur entrée en Suisse.

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Cette décision ne concerne pas les sportifs rentrant d'une compétition – par exemple Marc Hirschi quand il reviendra du Tour de France –, ni les acteurs culturels, ni les participants de retour d'un congrès spécialisé au bénéfice d'un plan de protection. Surtout, cette restriction ne concerne pas les départements jouxtant la Suisse, à savoir les régions Grand Est (Alsace, Lorraine, Champagne-Ardenne), Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes. La Bretagne est également épargnée. Les länder limitrophes d'Allemagne et d'Autriche ainsi que le Piémont, la vallée d'Aoste, la Lombardie et le Trentin-Haut-Adige ne sont pas non plus concernés.

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«Nous accordons une attention particulière aux espaces de vie transfrontaliers, dans lesquels les échanges économiques, sociaux et culturels sont intenses», justifie le chef du Département fédéral de l'intérieur (DFI), Alain Berset. Les travailleurs frontaliers pourront continuer de venir en Suisse sans entrave. Selon l'Office fédéral de la statistique (OFS), ils sont 332 000 à passer la douane chaque jour, dont 125 000 dans le bassin lémanique.

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Différenciations régionales

La Suisse ajoute ainsi son nom au répertoire des Etats européens qui renoncent à mettre des pays entiers à l'index sanitaire. Ce procédé par découpage régional se généralise sur le continent, relève Alain Berset. Certes, mais ces Etats appliquent des critères différents et considèrent comme zones à risque des espaces territoriaux différents. Au sein de l'UE, la quarantaine est souvent de quatorze jours alors qu'elle est limitée à dix en Suisse. Et elle le restera: Alain Berset confirme que l'isolement ne sera pas abaissé à sept ou cinq jours comme l'exigent plusieurs cantons et organisations économiques. La Suisse fixe le seuil d'infections à partir duquel des restrictions sont imposées à 60 cas pour 100 000 habitants pendant quatorze jours. L'Allemagne utilise une autre référence: 50 cas pour 100 000 personnes pendant sept jours.

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Comme la Suisse, l'Allemagne a exclu de sa liste rouge les départements limitrophes français. Mais, contrairement à la Suisse, elle ne considère pas les Hauts-de-France, la Normandie, le Pays de la Loire et le Centre-Val de Loire comme des secteurs présentant un danger élevé d'infection. Cette différence d'appréciation vaut aussi pour les cantons suisses. Depuis le 9 septembre, l'Allemagne considère Genève et Vaud comme des régions à risque nécessitant un isolement de quatorze jours à l'entrée sur son territoire, sauf en de cas présentation d'un test virologique négatif. La Belgique, elle, exige quarantaine et dépistage de la part des personnes qui ont transité par le canton de Fribourg! La Suisse a mis Vienne à l'index sanitaire, alors que l'Allemagne n'impose aucune restriction à l'Autriche.

Comment s'y retrouver dans cette jungle? «Nous suivons avec intérêt les efforts menés au sein de l'UE pour tenter d'harmoniser les critères. Mais cela prendra du temps et n'aboutira peut-être qu'à des recommandations», répond Alain Berset, embarrassé.

Pas de contrôle supplémentaire

Et que se passera-t-il si une personne se présente à la frontière suisse en affirmant revenir de Haute-Savoie ou du Tyrol, alors qu'elle a en réalité séjourné à Nice ou à Vienne? Qui vérifiera? «Il n'y aura pas de contrôle supplémentaire aux frontières. Avec près de 500 000 passages quotidiens aux passages franco-suisses, ce ne serait ni réaliste ni réalisable. Nous comptons sur la responsabilité des personnes concernées pour qu'elles observent l'obligation de quarantaine», dit Alain Berset. Porte-parole du Ministère allemand de l'intérieur, Björn Grünewälder explique que les autorités sanitaires des länder sont responsables du respect des règles et que la police fédérale peut, dans le cadre de contrôles sporadiques aux postes-frontières allemands, exiger de fournir toutes les données de séjour.

Que risquent les contrevenants? En Allemagne, une amende pouvant aller jusqu'à 25 000 euros est prévue. En Suisse, la loi sur les épidémies sanctionne quiconque se sera soustrait à une mesure d'isolement. Encore faut-il parvenir à établir, par exemple par traçage des contacts, qu'une personne n'a pas respecté une obligation de quarantaine.

Le Conseil fédéral a par ailleurs prolongé le versement des allocations pour perte de gain (APG) à différentes catégories de personnes (parents devant garder leurs enfants, mises en quarantaine ordonnées par un médecin cantonal, indépendants touchés par un ordre de fermeture – comme un club ou un bar – ou par l'interdiction d'une manifestation). Ces mesures arrivent à échéance le 16 septembre et la loi Covid-19 ne prendra pas le relais avant le 25 septembre. Pour les autres indépendants, le droit de toucher des APG avec effet rétroactif sera possible pour autant que la loi le prévoie.