Justice

Zoug: le «Blick» condamné à un dédommagement de 20000 francs pour atteinte à la personnalité

Le tabloïd zurichois n’aurait pas dû publier la photo et l’identité d’une victime présumée d’agression sexuelle. Le journal doit verser un dédommagement de 20 000 francs à l’ancienne politicienne Jolanda Spiess-Hegglin

L’ancienne politicienne verte zougoise Jolanda Spiess-Hegglin obtient partiellement gain de cause à l’issue de son action civile contre Blick: le quotidien alémanique, qui appartient au groupe de presse Ringier (comme Le Temps), a bel et bien violé les droits de la personnalité de la plaignante, estime le Tribunal cantonal de Zoug dans un jugement de première instance, dont le résumé a été communiqué vendredi. Le titre n’aurait pas dû publier les noms et photos des protagonistes de cette affaire.

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Le 24 décembre 2014, la Verte, qui avait été élue quelques semaines plus tôt au parlement cantonal, découvrait son visage en une du journal, à côté de celui du politicien Markus Hürlimann, alors président de l’UDC de Zoug, avec ce titre: «L’a-t-il déshonorée?» L’article expliquait que la politicienne, 34 ans au moment des faits, avait été potentiellement victime d’un délit sexuel lors d’une soirée en l’honneur du nouveau président du parlement zougois. Or, la publication de l’identité et de l’image d’une victime présumée d’une infraction sexuelle, «des données intimes», ne présentait «aucun intérêt public prépondérant», estime le tribunal.

Atteinte à la personnalité

L’argument du Blick selon lequel la politicienne avait inventé cette affaire ne change rien au fait qu’il y a eu atteinte à la personnalité, précisent les juges: le Blick ignorait ce qu’il s’était passé au moment où cet article paraissait. Le fait que les événements concernent des personnalités publiques dans un lieu semi-public n’est pas non plus un argument recevable, estime le tribunal.

Le Blick doit verser un dédommagement de 20 000 francs à l’ancienne élue pour «le préjudice moral» subi suite à la publication de cet article, premier d’une longue série. Elle réclamait 25 000 francs. En revanche, le journal n’aura pas à publier d’excuses à l’attention de Jolanda Spiess-Hegglin. La plaignante n’obtient pas non plus la part des bénéfices liés à la publication de cet article, qu’elle réclamait en guise de réparation. Enfin, le tribunal a aussi refusé d’interdire au journal de nouveaux reportages sur cette affaire. Ringier n’exclut pas la possibilité de faire recours auprès de la Cour suprême du canton de Zoug.

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