Y aura-t-il un jour un «mouchard» qui conserve les données de conduite dans chaque voiture privée? L'idée est relancée par la police zougoise. Elle réclame l'installation obligatoire de boîtes noires, qui permettraient de mieux reconstituer les accidents et auraient un effet dissuasif. Le projet, récurrent depuis quelques années déjà, intéresse la Confédération. Le TCS se montre pour le moins sceptique.

La police routière réagit à une augmentation inquiétante du nombre d'accidents dans le canton. Ces appareils ne seraient pas utilisés pour des contrôles de vitesse. Mais Stephan Raetzer, pour la police routière, est persuadé que le conducteur sera plus attentif et évitera consciemment certaines imprudences, parce qu'il sait que ses faits et gestes au volant restent gravés quelque part. Il devrait donc en découler une diminution des accidents.

Le sujet n'est en fait pas nouveau et l'on en parle déjà depuis 1993 au niveau fédéral. Le conseiller national Roland Wiederkehr, président de l'Association suisse des victimes de la route, a d'ailleurs interpellé le Conseil fédéral. Une intervention qui n'a pas encore eu de réponse. L'Office fédéral des routes suit de près une étude actuellement menée, en Allemagne, par un institut universitaire pour la circulation et l'environnement.

Les résultats de cette expertise devraient tomber au milieu de l'année. «D'ici là, on ne peut pas dire dans quelle direction nous irons. La Suisse ne se décidera de toute façon pas seule, mais en coordination internationale avec les pays européens», relève le porte-parole de l'OFR, Patrick Jecklin, sans pouvoir en dire davantage sur l'essai allemand.

Le Bureau suisse de prévention des accidents suit le dossier et a déjà émis une recommandation l'an passé. Il estime que la pose d'une «black box» par les constructeurs est «souhaitable». Selon le BPA, cet appareil à haute sensibilité représente un instrument de mesure fiable, qui permet de reconstituer les dernières 45 secondes et les éventuels manquements du conducteur en cas d'accident. Ses spécialistes se disent aussi convaincus que la boîte noire a un effet de prévention générale.

De son côté, le Touring Club Suisse ne partage pas cette analyse. Tout l'enjeu est évidemment de savoir si l'usage d'un tel «mouchard» se limite à la reconstitution d'accidents, et s'il est justifié du point de vue technique. Mais il n'apparaît en tout cas pas approprié à tous les cas, et ne constitue pas la panacée, souligne le porte-parole Philippe Oertlé. La boîte noire, qui n'enregistre que des données internes, s'avère par exemple inutile si un conducteur change le poste de sa radio ou utilise son téléphone portable au moment de la collision. Elle ne dit non plus rien de la consommation d'alcool.

Il n'y a pas de hausse globale des accidents en Suisse et le dépassement de la vitesse seule n'en est pas la cause principale. «Vaut-il donc la peine de faire poser un appareil, qui coûte 1000 francs, sur 3,5 millions de véhicules privés dans le pays, sans compter qu'il faudrait aussi tenir compte de la procédure d'homologation de ces boîtes noires, puis de leur contrôle?», s'interroge le TCS.