Zurich se prépare à un automne agité. Le programme d'assainissement du canton, que le Conseil d'Etat a présenté au début mai, prévoit des coupes radicales dans tous les domaines pour les quatre prochaines années. Alors que les conséquences commencent seulement à se concrétiser, la résistance s'organise. Il y a deux semaines, plus de la moitié des enseignants du secteur primaire ont débrayé pour au moins une demi-journée. Mercredi c'était au tour des fonctionnaires, soutenus par les étudiants et les écoliers, de descendre par milliers dans la rue pour protester contre les mesures du gouvernement, qui prévoient la suppression de 1230 postes jusqu'en 2007 (entraînant des économies de près de 500 millions de francs).

Frein aux dépenses oblige, le canton de Zurich doit regagner d'ici à 2007 2,6 milliards de francs. Soit le déficit cumulé pour les années 2000 à 2007, dont 1 milliard dû à la réduction d'impôt décidée par le Grand Conseil en décembre dernier. Taillant dans le vif, le gouvernement a prévu 144 mesures touchant tous les départements, et représentant un potentiel d'économies de 1,5 milliard de francs (Le Temps du 9 mai 2003). La colère des enseignants était attendue, puisque le Département de l'instruction publique est le plus touché, avec une contribution de 467 millions à cette somme, suivi par le Département de la santé, avec 272 millions de francs.

Pour la conseillère d'Etat Regine Aeppli, qui doit appliquer des mesures prises sous l'ère de son prédécesseur, Ernst Buschor, l'entrée en fonction n'aurait pu être plus mouvementée. La cheffe socialiste de l'Instruction publique s'efforce de faire contre mauvaise fortune bon cœur. S'exprimant mercredi soir devant les présidentes et présidents d'école, elle a reconnu que le corps enseignant allait en premier lieu faire les frais des restrictions prévues, mais que le niveau de qualité de l'école ne devrait pas en souffrir. Elle a notamment présenté un modèle permettant de moduler l'augmentation prévue de l'effectif moyen des classes (35 millions d'économies) selon la composition sociale de la commune. Selon cet index social, qui tient compte du taux de chômage, de la part des étrangers, de la part de la population établie depuis plus de cinq ans dans la commune et du rapport entre maisons individuelles et appartements, les communes les plus stables devront accueillir jusqu'à quatre élèves supplémentaires par classe (par exemple Meilen), tandis que d'autres (par exemple Winterthour) auront même plus de maîtres à disposition. Il est de plus interdit aux communes d'engager des enseignants supplémentaires à leurs frais.

Regine Aeppli a également signalé qu'elle cherchait des alternatives à l'abandon de la filière des diplômes de culture générale (une école supérieure entre gymnase et apprentissage). Le domaine des hautes écoles n'est pas épargné non plus: certaines chaires universitaires ne seront pas repourvues et l'introduction de la réforme Bologna retardée (57 millions d'économies). La haute école spécialisée pour la musique et le théâtre est même menacée de fermeture, 15% de ses subventions disparaissant.

L'éventualité de fermetures de sites consécutives au paquet d'assainissement décidé par le canton n'est plus un tabou. Le Département de la justice a annoncé celle de la prison de Winterthour, qui va être transformée en établissement de jour, ainsi que de celle de Bülach. Par ailleurs, une partie des détenus du pénitencier de Pöschwies seront incarcérés à deux dans des cellules individuelles.

Le Département de la santé a lui aussi annoncé la fermeture de la clinique pour toxicomanes de Sonnenbühl et le licenciement de ses 28 collaborateurs. Les pensionnaires seront replacés ailleurs. Mais la part du lion des économies dans le département de l'écologiste Verena Diener doit être réalisée par une mystérieuse diminution de la qualité dans les hôpitaux et institutions psychiatriques, susceptible d'économiser 108 millions. Au secrétariat général du département, on indique qu'il est encore trop tôt pour préciser la nature de ces mesures, les établissements concernés ayant été priés de faire des propositions qui sont discutées intensément dans des groupes de travail internes. Le canton transfère également aux communes le financement de la part de l'assurance maladie de base pour les assurés complémentaires. Même si le Conseil d'Etat est d'avis qu'en fin de compte les communes devraient également profiter de ces mesures d'assainissement (frais scolaires réduits par exemple), celles-ci n'en sont pas si convaincues et commencent seulement à évaluer avec précision les conséquences de ce paquet.